perte des eaux

29 mars 2017 § Poster un commentaire

écrire, c’est peut-être accoucher

mais la perte des eaux, c’est autre chose

photo : spam

XII et XIII

29 mars 2017 § Poster un commentaire

Les XIIème et XIIIème siècles

C’est le temps des gratitudes

la sortie vers le haut

vers la lumière

avec la conscience du trop grand

dans la joie et dans la douleur

Joie d’une foi en l’homme offerte

véhiculée par la Chrétienté

Douleur de voir mise

la barre si haute !

Oubliée semble-t-il

la haine du puissant

de celui qui ordonne

et qui détient l’argent

Le monde roma(i)n n’existe plus

Plus d’ennemis plus de haines

Pourquoi alors avoir le châtre d’Abélard ?

Par qui alors ?

Qu’est-ce qu’est allé déranger le futur moine châtré ?

At-il dit d’en finir avec la gratitude

A-t-il voulu mettre le « peuple » à l’étude ?

A-t-il voulu lui offrir des outils

Pour qu’il accède à la grâce

lui aussi ?

A-t-il voulu délivrer la puissance

des coffre-forts des privilégiés ?

Tandis que les autres

étaient encore à creuser

la fuite par le bas ?

A-il voulu les sortir

de la boue de la rue

et tant pis de salir

les belles robes blanches ?

Créer des espaces

où les yeux dans les yeux

quelque soit le vêtement

on se regarde là

où on se ressemble.

photo : spam

l’homme a nommé

29 mars 2017 § Poster un commentaire

  • L’homme a nommé le lieu

  • Je ne retiens jamais le nom du lieu, ni… je ne le vois

  • Pour voir le lieu et nommer le lieu il me faut voir l’homme qui a nommé, dans le lieu qu’il a nommé.

  • L’homme serait comme un petit drapeau sur le camembert.

  • L’homme voyait ses grand-parents de sa maison quand il était petit. Il mettait la main en visière et il voyait dans le champ ses grand-parents travailler. Il faisait le lien avec le nom. Ses grand-parents étaient des petits drapeaux et les brebis étaient la prairie.

  • Si bien que lui, quand il regarde aux jumelles, il voit le champs et ses grands-parents dedans.

  • Ses grand-parents qui travaillent éternellement dans le champ. Ils délimitent l’espace, ainsi.

  • Un jour l’homme ne sera plus là pour regarder. Avec lui, partiront ses grand-parents.

  • Il me restera alors l’image de l’homme dans le champs que je saurai nommer, s’il veut bien y aller.

     

journée de la lecture

16 janvier 2017 § Poster un commentaire

Je voudrais remercier le militaire revenant de Paris le 12 janvier 2017, empruntant le même TGV que le mien, le même wagon que le mien, assis sur un siège mitoyen. Je voudrais le remercier, à l’occasion, aujourd’hui, de la journée de la lecture, de m’avoir permise de lire à voix haute deux heures de temps dans le train, ce n’est pas commun.

Tu parlais, tu parlais de ta vie, jeune militaire, et racontais à l’absente, à l’autre bout du fil, que ça y est, tu étais de nouveau apte, que tu ne t’en sortais qu’avec un avertissement, que le médecin t’avait traité d’obèse, alors qu’en réalité, c’était l’infirmière qui t’avait mal mesuré, que tu allais de nouveau pouvoir reprendre du service, et ta doudou, à l’autre bout du fil, elle serait de nouveau libre et pourrait fricoter selon son bon désir (blague), tu lui disais dans deux heures je suis là, repose toi, je passerai l’aspirateur et laverai les dernières casseroles, repose toi doudou…
Tu parlais fort, je ne parvenais plus à lire. Les phrases de mon livre restaient dans le plan de la page. Elles ne décollaient plus comme plaquées par d’autres mots. La communication entre l’auteur et moi était rompue. Ce que je fais dans ces cas là, quand je suis seule ? Je lis à voix haute. Alors, j’ai lu à voix haute…


Lire à voix haute dans un train, était une première expérience. Merci jeune militaire. Ça a été une sorte d’exercice acrobatique où il me fallait tenir ma ligne tout en étant à l’écoute de ta voix. Car je ne voulais pas couvrir ta voix. Je voulais lire tout en entendant ta voix, jeune militaire, tendre comme un oreiller douillet.  Tu as tourné la tête vers moi. Tu as écouté. Je crois que tu n’as pas cherché à comprendre ce que je lisais à voix haute, mais en revanche, je sais que ma voix ne t’a pas gênée. Tu l’as entendue, comme j’ai entendu la tienne. Tu as repris la conversation avec ta doudou, moins fort. Tu l’as quittée. Tu as écouté. Je me suis tue, quelques temps après. J’ai repris ma lecture dans ma tête.
Nous avons ainsi voyagé. Nous avons parlé ensemble,  nous nous sommes tus ensemble, chacun en lien avec son monde. Merci, jeune militaire. Je suis curieuse de savoir ce que tu dis de cette rencontre à ta doudou en ce moment.

Photo de Manoell Bouillet.

Femmes, je vous aime

16 janvier 2017 § Poster un commentaire

Je m’approche de la voiture, dont j’appréhende chaque fois qu’il lui soit arrivé quelque chose pendant les 6 jours de stationnement dans le grand parking gratuit proche de la gare ; et je constate une crevaison roue arrière gauche.
Bon, c’est pas le tout, va falloir remonter les manches, démonter la roue crevée et monter la roue de secours, SANS SE DÉMONTER SVP !

Il fait ni chaud ni froid, ni pluie ni soleil, ni jour ni nuit. La situation pourrait être pire. Mon atout : le temps. J’ai deux bonnes heures devant moi, ça devrait le faire, comme on dit. Vingt minutes suffisent pour démonter, monter. Vingt minutes plus tard à peu près en effet (je n’ai pas chronométré), je constate une roue arrière gauche gonflée, une voiture prête à rouler. C’est donc aussi simple que cela de changer une roue ?

Et alors ? me dis-je. D’où venait cette peur panique :

NE TE DÉMONTE PAS, SURTOUT NE TE DÉMONTE PAS !

D’où venait cette prière aux cieux comme celle d’une Marie devant la croix :

SEIGNEUR FAITES QU’ELLE RESSUSCITE OU FAITES QUE QUELQU’UN (un homme) PASSE !

D’où venait le plan de secours élaboré en quatrième vitesse :

SI JAMAIS JE N’Y ARRIVE PAS ! je reste à Pau ce soir, et… ET MERDE QUOI !

La peur panique vient de là : Changer une roue m’a été plus que changer une roue. Changer une roue m’a été un coup de force pour briser le miroir de mon éducation qui assignait aux femmes et aux hommes, des tâches qui se suivaient sans se confondre. A la limite, j’étais autorisée à poser des questions.

Me libérer de cette éducation a été un combat. M’en libérer m’a été possible en partie grâce à l’héritage de 68. Merci. M’en libérer m’a été nécessaire dans un monde vendu comme celui de tous les possibles, pour tout le monde, quelque soit son sexe, son âge, sa religion, son pays d’origine, ses ressources économiques, son accent, la couleur de sa peau, ses vêtements, sa taille, la couleur de ses cheveux, la marque de ses chaussures, etc etc etc

Je m’en suis libérée, mais il me reste quelques petits ressorts…

Et la génération d’après ?

Ma fille , majeure et vaccinée, à l’écoute de mon anecdote, me dit : « Et tu as réussi à changer la roue toute seule ! Ton garagiste à dû être épaté ».

Oui aujourd’hui, cela semble encore un exploit, pour une femme, de changer une roue crevée. Donc, c’est encore une catastrophe, pour une femme, de crever. Donc, Femmes, ne crevez pas !

photo : spam

photo : spam

Jean Maure est mort

3 janvier 2017 § Poster un commentaire

Texte écrit suite à une commande d’un ami entrain d’écrire un polar : https://www.facebook.com/eric.tournaire58?fref=ts.

Merci à Isabelle Réale de m’avoir procuré un personnage ainsi défini : Nom, prénom, fonction, ancienneté, signe distinctif, un besoin non assouvi. La consigne d’écriture : la mort de son personnage…

Jean Maure est encore en uniforme quand il franchit les portes coulissantes du magasin Accor. C’est moins une de 18h. Le vigile après lui, les bloque, afin que plus personne ne rentre. Jean Maure passe les tourniquet, se retourne, il est anxieux. La nuit est dense de l’autre côté de la vitre. Le réveillon de Noël est dans trois heures et il n’a pas encore trouvé Le cadeau, pour la femme de sa vie. Du moins la femme dont il aimerait que ce soit la femme de sa vie. Il voit bien dans son regard à elle qu’il ne correspond pas. Elle a beau faire des efforts, et lui aussi, il ne colle pas avec l’image du garçon que Pat attend. Jean Maure espère. Il espère qu’avec le temps, elle apprendra à l’aimer comme il l’aime. Lui non plus ne la trouve pas « parfaitement » à son goût. Elle a de grosses cuisses, et Jean Maure préfère les fines. Mais il y a tant d’autres choses plus essentielles. Ses cuisses sont devenues sa singularité. Le petit défaut qui donne le charme…

Jean Maure croit à cette histoire. Il sait que le cadeau n’a aucune faculté de faire pencher l’histoire d’amour dans un sens ou dans un autre. Mais il veut trouver LE cadeau. Pour avoir la joie de la voir s’émouvoir.

Il erre dans les rayons, de plus en plus désespéré. Le rayon cuisine est affligeant. Le rayon cosmétique est affligeant. Les fleurs sont fanées. Les lumières sont glauques. Et la musique, s’il l’entendait, terminerait de le dégoûter. Jean Maure n’entend que d’une oreille. Et faiblement qui plus est. Cette dernière s’est usée à force de compenser la surdité de la première. Il parvient à cacher son handicap à son travail (Jean Maure est chauffeur de bus). Après 15 ans d’ancienneté, il a appris à conduire avec d’autres repères. Et il sait feindre les bruits quand on le soupçonne d’être sourd. Il parle peu. Il feint d’écouter. Il entend moins le monde que son cœur qui bat pour Pat.

Une annonce prévient que le magasin va fermer ses portes, mais Jean Maure n’entend pas. Il est terré dans le rayon jouet avec une poupée dans les bras. Il sanglote…

Les lumières s’éteignent. Jean Maure ne comprend pas. Se lève, s’inquiète, marche, court à tâtons dans les rayons. Renverse. Se cogne aux caisses. Les portes coulissantes ne coulissent plus. Bienvenue dans les coulisses du monde….

Jean Maure ne pleure plus. Il en est au point où l’on ne pleure plus. Les larmes sont pitoyables à ce degré de désespoir. Il crie. Il se perce l’unique tympan de sa propre voix. Il ne voit plus. Il n’entend plus et il voudrait ne plus rien ressentir. Devenir un robot du rayon jouet dans lequel il se retrouve sans l’avoir prémédité. Il n’y a pas de poupée, ni de cuisinette mignonnette, ni d’aspirateur miniature. Mais des engins téléguidés, des robots, et des armes. Des flingues.

« Jouer, est la seule ressource qui me reste ». se dit Jean Maure.

Il s’empare d’un flingue et joue dans les rayons. S’invente son James Bond, baise avec la poupée Pat sur les fraises, trouve les corps de mafieux coupés en morceaux dans le rayon carnivore, se prépare une vodka martini, se procure des accessoires super sophistiqués au rayon jouet garçon.

Car Jean Maure y est revenu, malgré lui. Il tâte de nouveau l’étalage. Est effrayé du nombre de flingues. Il s’en saisit. Les soupèse. Joue de la gâchette. L’un d’entre eux est nettement plus… lourd. Jean Maure n’a jamais tenu un vrai flingue dans ses mains, mais il se dit : on dirait un vrai, comme on dit d’un paysage qu’il est lunaire sans être jamais allé sur la lune.

Il pose le canon sur sa tempe droite. Il boit un dernier goût de vodka, sans martini. Et il tire.

Jean Maure avait raison. C’était un vrai flingue.

Quand nous disons d’un paysage qu’il est lunaire, nous disons peut-être vrai.

No-No et son jupon

26 novembre 2016 § Poster un commentaire

Chapitre premier d’un recueil en cours d’écriture… Le titre sera A-C

Au chant des Laudes, elle regardait le ciel. La brume était épaisse encore. Seul un bloc de crêtes perçait comme une dent dans une gencive.
Elle portait son jupon du dimanche, un jupon qu’elle portait chaque jour en réalité. Et chaque jour était dimanche depuis qu’elle s’était installée dans le village de A. Un coin abandonné des hommes, et même des dieux, disaient certains. En tout cas, abandonné des prêtres. Ce qui n’est pas tout à fait pareil. Le trou du cul du monde, disaient certains.
Et pourtant, le village de A n’était ni un trou ni un cul, simplement une enclave, un ilot suspendu, un virage, un palier entre plage et nues ; un asile où il faisait bon respirer à plein poumon.

Elle regardait le ciel et elle sentit confusément que le jour n’allait pas être aussi paisible que celui de la veille. Il lui semblait que son jupon se mettait continûment de travers. Il tournait à droite comme si quelqu’un tirait dessus. La poche se retrouvait en arrière et elle avait beau la remettre le long de la cuisse, la poche retournait sur le derrière. Elle se trouvait toute mal endimanchée, sensation qu’elle n’avait plus connue depuis un bail ; c’est à dire depuis sa vie d’avant, à C.
À C où quoiqu’elle porta, elle ne se sentait pas dans le vent.
Qu’est-ce qui vient se pendre à mon jupon, se demanda-t-elle. Puis elle tenta d’oublier. Après tout, que la poche soit devant ou derrière, il n’y avait personne pour le voir et surtout pas No-No qui vivait sans miroir.

La brume de peau était désormais tout à fait retirée. La montagne apparaissait à crû. L’air était d’une grande clarté si bien que la crête signait d’un trait sur le ciel uniformément bleu.

Elle regarda à terre, son petit bout de terre dans lequel elle avait semé des graines de sarrasin, ce sarrasin dont elle aimait les fleurs blanches rosées. Elle n’en aurait jamais assez pour récolter, porter les graines au meunier, fabriquer sa farine et en bout de course, préparer la pâte pour les galettes selon la recette transmise par sa grand-mère.
Enfin, transmise est un bien grand mot. Elle avait regardé faire sa grand-mère, sa grand-mère ne transmettait pas par les mots. Or après avoir regardé, il faut pratiquer, et il n’est pas honteux de rater quand on débute. Quand on débute, n’est-ce pas, on bute, et c’est un peu rebutant. Rater la première galette, c’est ce que fit No-No, sous les yeux affolés de sa grand-mère qui lui reprit dare-dare le rozell et le sklissen des mains, lui demandant de plutôt préparer le café pour le Petit Père. «  Va don, le Petit Père doit être réveillé. »

Le Petit Père était son grand-père : un homme aux yeux paisibles et au cœur sensible et aux jambes fatiguées, et à l’âge avancé, à tel point que les médecins refusèrent d’intervenir pour un oedème qui descendait dans les chevilles, qu’il avait très enflées. Ceignant la cheville de son grand-père, No-No mesurait la croissance de ses mains. L’expérience n’avait pas grande valeur scientifique puisque la cheville ne cessait de gonfler… si bien que No-No ne cessait de ne pas grandir. Une espèce de croissance zéro, en quelque sorte. Mais revenons à nos galettes.

Ce fut à C, que la vie lui donna une deuxième chance, lors de la fête de quartier de sa vie d’avant. Une fête que No-No ne manquait pas, parce que ne s’y vendaient pas que cochonneries, mais aussi des galettes de sarrasin à agrémenter selon son désir.
Le billig était bien là, à sa place, comme les années précédentes, la pâte grise aussi, dans une jatte de terre qui jurait dans le monde de la ville. Tout y était, enfin presque…
Il manquait le sklissen, le rozell, et tout aussi essentiel, « la dame des galettes ». Il était bientôt midi, les estomacs étaient sur le point de gargouiller, et pas une galette d’avance et « la dame des galettes. » absente. Elle doit être partie en quête des outils se dit No-No, en italique. Les outils utilisés une fois l’an, on ne se souvient plus où on les range. Et si elle ne les trouvait pas, toute cette pâte serait gâchée, point d’interrogation ?

No-No avait hérité du sklissen, du rozenn et du billig de sa grand-mère. Le billig de fonte est aussi lourd qu’une contre-basse est encombrante. Aussi l’attendait-il dans un grenier de son enfance, quelque part. En revanche, le sklissen et le rozenn la suivaient dans ses lieux de vie. Sans en parler à personne, elle alla chercher les vieux outils de bois dans son LSVR (logement à surface vitale réduite), deux rues plus loin. Au pire, ils resteront dans mon sac, au mieux ils sauveront la fête, se dit-elle en toute humilité.
La fréquentation avait doublé quand elle se retrouva devant le billig déserté, c’en était désolant. Les gens commandaient des cochonneries, ignorant le poste abandonné comme s’ils étaient aveugles à l’abîme.
No-No avait faim. Mais cela avait peu d’importance comparé à la contrariété que provoquait en elle ce billig condamné à la noirceur d’un lac de montagne sous l’orage menaçant. No-No qui aimait le raisonnement mathématique appliqué au vivant aurait pu facilement poser cette équation sans inconnue  : d’un côté, rozenn plus sklissen, de l’autre un billig et de la pâte. Si on passe le rozenn et le sklissen du côté où ils manquent, le problème est résolu. Sauf que la variable d’ajustement était No-No elle-même – puisque «  la dame des galettes  » n’apparaissait toujours pas. No-No avec son histoire commencée, souvenez-vous, par la tentative avortée d’apprendre à faire des galettes sous l’oeil incisif d’une grand-mère trop pressée.
Certains êtres humains sont ainsi faits qu’ils mémorisent, confortent et bétonnent au fond d’eux ce qui les entravent. No-No refusait de rater encore, comme s’il était écrit qu’elle devait encore rater. Elle entendait la remarque à laquelle elle n’échapperait pas : « Si vous alliez plutôt au stand des cochonneries, mademoiselle. Les galettes, franchement, mieux vaut oublier ! » Mais bientôt, il y eut une faille dans ce système aliénant et No-No eut le courage de s’y glisser. Un concert provoqua un mouvement franc et désordonné vers la fosse. Seuls quelques organisateurs, ici et là, se cramponnaient à leur poste.
No-No s’interdit d’y réfléchir à deux fois. Il y avait urgence. Elle passa de l’autre côté, enfila le tablier, alluma le gaz, remua la pâte, y ajouta un soupçon d’eau. Elle se saisit de la motte de beurre emballée- un peu trop molle à force d’attendre – et graissa le billig. Jetant quelques gouttes de pâte pour tester la température, elle s’élança.
Il n’est pas aisé d’enrayer les ratages premiers, aussi taira-t-on le nombre de galettes avortées avant l’acquisition du geste juste. En revanche, on dira que No-No quitta la fête du quartier aussi anonymement qu’elle y était arrivée, laissant la jatte vide et la pile de galettes hautes sous le torchon… Elle partait l’estomac rassasié de la première galette accomplie, faite de ses mains.
Oh vous me direz, ce ne fut qu’une toute petite victoire, et alors ?
Les mains de No-No en sortirent grandies.

Entre le brouillon de galette et les Laudes claires de ce jour débuté ensemble, quelle sorte de ligne ? Une vie humaine est-elle linéaire, circulaire, en étoile ? La vie tout court a -t-elle une forme ?

La tierce sonnait à l’église. No-No tourna machinalement son jupon pour remettre, encore, la poche sur le côté, et non derrière – on a beau dire, ce jupon obstiné l’agaçait ce matin-là – et elle partit vaquer à ses occupations jusqu’au soir. Dans le soi-disant «  trou du cul du monde  », la vie prenait la forme gourmande d’un pis rose, bombé, duveteux, suspendu au jour d’onagre qui éclôt. Une vie sans Chronos où le jour et la nuit coulent d’un même mouvement. La vie coulait et No-No, dedans, qui tétait le temps, l’écume des jours à la commissure des lèvres.