le gardien du phare

23 décembre 2017 § Poster un commentaire

5.12.17: Début lecture

12.12.17 : Fin lecture

23.12.17 : Qu’en reste-t-il ?

L’ïle de Gråskär, dans l’archipel de Fjällbacka, les enfants, beaucoup d’enfants, la vie de famille, des morts, des vivants, des accidentés, des femmes violentées, une association « le refuge » lieu d’accueil pour les femmes, menacées d’être encore frappées , humiliées. Un lieu qui outre-passe ses droits en organisant la fuite de femmes sur un territoire où elles seront peut-être à l’abri. Un lieu qui prend des risques.

Des « figures »: figures de flics, homme, femme, jeunes, moins jeunes, en fin de carrière.

Des « figures » de femmes, mères, pères, maris

Des figures de politiques, avec le maire,

Un personnage « effacé », celui qui se fait tuer. Un justicier liquidé.

Une figure d’écrivaine connue en période maternage et soins familiaux.

Une construction style cinématographique. Chaque « micro-chapitre » pourrait être une scène. Montage rythmé et inattendu.

La persistance d’un thème : le rapport entre êtres humains de sexe opposé traité à différentes époques (via une voix d’Outre-tombe), dans différentes configurations. Le spectre passe de la femme anéantie battue par l’homme,  au couple tentant au mieux d’appliquer le partage des responsabilités.

Et l’île aux esprits où la frontière entre morts et vivants s’estompe.

Vendredi ou les limbes du Pacifique (extrait)

6 décembre 2017 § Poster un commentaire

Log-book – Je sais maintenant que si la présence d’autrui est un élément fondamental de l’individu humain, il n’en est pas pour autant irremplaçable. (…) autrui peut être suppléé par celui auquel les circonstances le refusent. Remplacé du donné par du construit, problème humain par excellence, s’il est vrai que ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est qu’il ne peut attendre que de sa propre industrie tout ce que la nature donne gratuitement à l’animal – sa robe, ses armes, sa pitance. Isolé sur mon île, je pouvais m’effondrer au niveau de l’animalité en ne construisant pas – ce que j’ai commencé par faire au demeurant- ou au contraire devenir une manière de surhomme en construisant d’autant plus que la société ne le faisait pas pour moi. Donc j’ai construit, et je continue de construire, mais en vérité l’oeuvre se poursuit sur deux plans différents et en des sens opposés. Car si, à la surface de l’île, je poursuis mon œuvre de civilisation – cultures, élevages, édifices, administration, lois, etc.- copiée sur la société humaine, et donc en quelque sorte rétrospective, je me sens le théâtre d’une évolution plus radicale qui substitue aux ruines que la solitude créé en moi des solutions originales, toutes plus ou moins provisoires et comme tâtonnantes, mais qui ressemblent de moins en moins au modèle humain dont elles étaient parties. Pour en finir avec l’opposition de ces deux plans, il ne me semble pas possible que leur divergence croissante puisse s’aggraver indéfiniment. Il viendra fatalement un temps où un Robinson de plus en plus déshumanisé ne pourra plus être gouverneur et l’architecte d’une cité de plus en plus humanisée. Déjà je surprends des passages à vide dans mon activité extérieure. Il m’arrive de travailler sans croire vraiment à ce que je fais et la qualité et la quantité de mon travail ne s’en ressentent même pas. Au contraire, il y a dans certains efforts une ivresse de répétition qui a tout à gagner à une désertion de l’esprit : on travaille pour travailler sans penser au but poursuivi. Et pourtant on ne creuse pas indéfiniment un édifice par l’intérieur sans qu’il finisse par s’effondrer. Il est probable qu’un moment viendra où l’île administrée et cultivée cessera complètement de m’intéresser. Alors elle aura perdu son seul habitant…

Mais alors pourquoi attendre ? Pourquoi ne pas décider que ce jour est venu ? Pourquoi ?

Parce que dans l’état actuel de mon âme, ce serait fatalement retomber dans la souille. Il y a en moi un cosmos en gestation. Mais un cosmos en gestation, cela s’appelle un chaos. Contre ce chaos, l’île administrée, -de plus en plus administrée car en cette matière on ne reste debout qu’en avançant – est mon seul refuge, ma seule sauvegarde. Elle m’a sauvé. Elle me sauve encore chaque jour. Cependant le cosmos peut se chercher Telle ou telle partie du chaos s’ordonne provisoirement. Par exemple, j’avais ru trouver dans la grotte une formule viable. C’était une erreur mais l’expérience a été utile. Il y en aura d’autres. Je ne sais où va me mener cette création continuée de moi-même. Si je le savais c’est qu’elle serait achevée, accomplie, définitive.

Ainsi le désir. C’est un torrent que la nature et la société ont emprisonné dans un bief, dans un moulin, dans une machine pour l’asservir à une fin dont par lui-même il n’a cure : la perpétuation de l’espèce.

J’ai perdu mon bief, mon moulin, ma machine. En même temps que toute la construction sociale, tombée en ruine en moi d’année en année, a disparu l’échafaudage d’institutions et de mythes qui permet au désir de prendre corps, au double sens du mot, c’est à dire de se donner une forme définie et de fondre sur un corps féminin. Or c’est trop peu de dire que mon désir n’est plus canalisé vers les fins de l’espèce. Il ne sait même plus à qui s’en prendre ! Longtemps ma mémoire était encore nourrie pour fournir à mon imagination des créatures désirables bien qu’inexistantes. Maintenant c’est fini. Mes souvenirs sont exsangues. Ce ne sont plus que cosses vides et desséchées. Je prononce : femme, seins, cuisses, cuisses écartelées par mon désir. Rien. La magie de ces mots ne joue plus. Des sons, flatus vocis. Est-ce à dire que mon désir est mort lui-même d’inanition ? Tant s’en faut ! Je sens toujours murmurer en moi cette fontaine de vie, mais elle est devenue totalement disponible. Au lieu de s’engager docilement dans le lit préparé à l’avance par la société, elle déborde de tous côtés et ruisselle en étoile, cherchant comme à tâtons une voie, la bonne voie où elle se rassemblera et roulera unanime vers un objet.

oui mais devant quel Homme ?

24 juillet 2017 § Poster un commentaire

 

Oser se perdre en langue étrangère

oui

mais devant quel Homme ?

Quel Homme pour s’en intriguer ?

Quel Homme pour suivre ?

Quel Homme pour accepter ?

Quel Homme pour sourire ?

Quel Homme pour laisser l’épaule

quoiqu ‘il arrive

pose la tête ou ne pose pas

vois comme tout sera bien

Quel Homme pour laisser pleurer ?

Quel Homme pour laisser folie ?

Quel Homme pour le fragile ?

Quel Homme pour accepter la puissance ?

Quel Homme pour partager la faille ?

Quel Homme pour embrasser, musclé ?

Quel Homme pour rire ?

Quel Homme pour écouter?

Quel Homme pour entendre?

Quel homme pour voyager ?

voyager en langue étrangère

voyager en langue étrangère

où je deviens, comme nue, comme  vulnérable

dépossédée de ma force, dépossédée de ma langue

prise dans d’enchevêtrement d’autres lignes


mon voyage en langue étrangère

c’est l’État inconnu

un chant

un regard

une lumière

une odeur

un geste

un allant…

Oser se perdre en langue étrangère

oui

mais devant quel homme ?

si ce n’est l’Homme qui parle l’étranger

comment ça va avec Arbéost ?

8 juillet 2017 § Poster un commentaire

Souvent, toujours, encore on me demande

d’un air contrit, curieux, dubitatif

alors… comment ça va avec Arbéost ? Tu ne t’y ennuies pas ? C’est pas un peu la mort ? Ça doit changer de Paris ?

Voici ce que je ne réponds pas

Ailleurs comme ici, je peux y rencontrer la mort

Ailleurs comme ici, je peux y rencontrer la vie

y rencontrer la vie et y rencontrer l’ennui

et y rencontrer l’ennui et y rencontrer la joie

et la joie et la peine

et la peine et le sourire

et le sourire et l’infamie

et l’infamie et l’amour

et l’amour et la haine

la haine car l’impuissance

Ailleurs comme ici je peux y rencontrer la solitude

et le ras de bol de conversations closes

Ailleurs comme ici

la pluie et le soleil

et le nuage et le ciel bleu

et la connerie et le cœur bleu

et le général et le singulier

et l’habitude et l’émerveillement

et le tracas et le repos

et la foi et le doute

et le grand et le petit

et plein d’autres choses encore

Ici plus qu’ailleurs

le sombre et la lumière,

heures d’été, heures d’automne, heures d’hiver et de printemps

et la rage du changement bi-annuel des cadrans

qui n’ont rien à voir, rien à voir…

Ici plus qu’ailleurs

la neige silence et le cours d’eau bruyant

et la brume et la clairière

et la couverture de nuages au petit matin

et l’éclat des étoiles et le survol des satellites

et la lune et la lune et la lune

et la migration des oiseaux sur le sédentaire des hommes

près la migration lointaine d’autres humains

Ici rien qu’ici

je peux écouter le monde, regarder le monde, penser le monde

sans qu’il m’atteigne de son pouvoir dévitalisant

je peux agir le monde

car ici plus qu’ailleurs

je suis au monde

je suis au temps

Je suis poète, paysanne, jardinière, serveuse, peintre en bâtiment

je suis intello, fille, mère, enfance, cycliste, ZX

je suis béton, je suis chaux chanvre

je suis courbes et volumes, points, virgules, mots, phrases et histoires

je suis la parisienne, la bretonne, la solitaire et l’amoureuse

je suis ce que je ne soupçonne pas que les gens racontent

sous le couvert du vent

ici plus qu’ailleurs, je ne rentre pas dans la case

je suis l’étrangère dans un monde étranger affublé d’étiquettes péjoratives

et pourtant, et pourtant…

Ici comme ailleurs

la facilité et le complexe

le possible tu, par l’impossible

l’impossible tu, par la tentative

mais ici plus qu’ailleurs

je crois

je triche moins avec les éléments

QUE DOIS-JE FAIRE ?

26 juin 2017 § Poster un commentaire

  • Tu n’as ni à te taire, ni à prouver.
  • Que dois-je faire alors ?
  • Être sincère et n’avoir peur de rien.

matin lascif

26 juin 2017 § Poster un commentaire

N’aie pas peur du matin lascif

il te mène au crépuscule

où tu retrouves ta solitude.

Et tu te plais, avec elle…

Comme si l’apparent monde endormi

t’ouvrait un espace, un temps.

Un temps sans limite sauf celle,

du lendemain,

qui est encore loin.

 

filetoile

6 juin 2017 § Poster un commentaire

File là, elle file

suis l’araignée

suis le fil

livre là la ligne

la ligne et la toile

ça file en étoile

lâche là la tuile

Sois l’araignée

qui file

sois le fil

sois là

Règne là fragile

ait foi

nul effroi qui nuise

ni foi, ni loi, en fait

que toi

que toi qui suit le fil

elle file, file là

MAL À LA TERRE

9 mai 2017 § Poster un commentaire

Réalisation : Jean Clermont

Mon objet est la terre, parce que je pense à la terre et les larmes ne sont pas loin.

Des larmes de colère en pensant à cette terre, mon jouet mon unique jouet,

tout en rondeur, tout en mouvement, tout en surprise, tout en rebondissement,

tout en odeur, tout en soulèvement, tout en chaleur, tout en creux dans le temps,

tout en calcaire, tout en écume, tout en feuillage, tout en humus,

tout en orage, tout en tremblement, tout en typhon, tout en avalanche,

tout en plume, tout en poil, tout en peau, aucune n’est blanche,

tout en caresse, tout en saveur, tout en infini, tout en tout petit,

tout en larme, tout en tension, tout en bulles, pas plus d’un instant.

Un fini qui recommence et nous balance et nous balance…

Que je l’aime cette terre, mon jouet, mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais par quel bout prendre, puisque de bouts elle n’en a point,

ni de poignées, ni de serrures, ni d’angles, ni de coins!

Est-ce la terre dont je parle, est-ce la vie ?

Quelle différence? Aucune pour nous autres, terriens.

On m’a donné la terre, on m’a donné la vie,

on m’a repris la terre, on m’a repris la vie.

Qu’est ce la terre, qu’est ce la vie?

Comment le dire

puisque depuis ma naissance,

les grands de ce monde, les soi-disant grands de ce monde,

le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut,

la traite la terre, la recouvre la vie, la traite la vie, la recouvre la terre,

d’insecticides, de raticides, de fongicides, et d’herbicides,

et d’homicides,

de bitume, de béton, de marbre, de sermons et de mort,

je ne la sens plus la terre, je ne la sens plus la vie.

J’arrose mon jardin de l’eau de la fontaine

et je pleure le matin d’une amère haine

de ne pouvoir lire le livre d’ « ll était une fois »

car chaque fois le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut

dans ses machines de guerre, ferraille

et je n’entends plus les oiseaux…

Mais va-t-on finir d’en finir avec la transcendance ?

Va-t-on en découdre avec l’arbre qui serre notre pensée ?

Va-t-on cesser enfin de prendre la terre pour un emballage,

avec un haut avec un bas ?

La terre est ronde, la vie est ronde,  j’en réponds.

Elle ne ressemble pas à un papier qu’on plie dans l’urne transparente.

Que je l’aime cette terre, mon jouet mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais pas quel bout prendre, puisque de bouts, elle n’en a point.

Je tourne en rond, je le sais bien,

je dis des mots, je ne dis rien,

rien de concret, tout dans l’abstrait,

des concepts de vie, des concepts de terre,

que j’aimerais traduire en une petite graine

qui percerait  par les deux bouts, qui raconterait la vie,

qui nourrirait les gens et brûlerait l’argent.

En attendant, c’est la terre qu’on brûle,

d’écobuages en pots d’échappement,

d’égos tout âge, de reniements,

de routes larges qu’on élargit,

de lunettes noires pour cacher la vie,

de cadenas, de vidéos-surveillance, de cimetières de marbre, de performances.

Je n’en peux plus de cette terre que l’on arrache de son herbe!

Moi qui ne voulais que rire et aimer,

flâner et suer,

chanter et marcher,

dormir et m’éveiller,

rencontrer…

Travailler oui, bien sûr, faire ma part de travail sans problème!

Moi qui ne voulais que tout cela,

je pleure, j’en suis désolée.

Offrez moi un mouchoir,

je ne veux plus rien avaler.

(elle se mouche)

Mais je suis là, vous me redonnez le sourire,

la force de repartir,

la confiance dans un monde

qui ne se cache pas la face,

qui regarde en face,

qui ne se marche pas sur les pieds,

qui sème des graines d’humanité,

qui rigole par contagion.

Vous êtes bien de ceux-là n’est ce pas ?

Oui désolée, puisqu’une tribune m’est offerte,

puisque l’occasion m’est donnée de parler

d’un objet de rage,

j’ai choisi de parler de cette petite grande terre

dont l’air respirable par nous est un miracle,

dont nous même sommes un miracle:

il suffit de regarder les astres !

Un seul à notre connaissance a donné la vie.

Désolée, oui, désolée de crier

que j’ai mal à la terre,

que j’ai mal à la tête,

de réaliser que ce beau jouet offert à la naissance

m’est confisqué par une poignée de racailles,

qui se le mettent là où je pense

et se permettent de faire la leçon !

Mais quelle merde ce soi-disant monde d’en haut,

quelle merde polluée même pas bonne à composter!

Et si nous continuons de nous mettre à table

et d’attendre les plats d’un air dégoûté… Sommes nous dévitalisés ?

Je pourrais continuer de me mordre le cœur,

de me mordre les lèvres, de répandre des larmes

durant des lignes et des lignes,

sans jamais en tirer, une, vers un mouvement en équilibre.

Alors je cesse en allant mêler mes larmes

au cours d’eau qui coule à mes pieds,

je pisserai dedans,

je pleurerai dedans,

noble manière de me mêler à la mémoire du monde.

À la mémoire du monde…

 

perte des eaux

29 mars 2017 § Poster un commentaire

écrire, c’est peut-être accoucher

mais la perte des eaux, c’est autre chose

photo : spam

XII et XIII

29 mars 2017 § Poster un commentaire

Les XIIème et XIIIème siècles

C’est le temps des gratitudes

la sortie vers le haut

vers la lumière

avec la conscience du trop grand

dans la joie et dans la douleur

Joie d’une foi en l’homme offerte

véhiculée par la Chrétienté

Douleur de voir mise

la barre si haute !

Oubliée semble-t-il

la haine du puissant

de celui qui ordonne

et qui détient l’argent

Le monde roma(i)n n’existe plus

Plus d’ennemis plus de haines

Pourquoi alors avoir le châtre d’Abélard ?

Par qui alors ?

Qu’est-ce qu’est allé déranger le futur moine châtré ?

At-il dit d’en finir avec la gratitude

A-t-il voulu mettre le « peuple » à l’étude ?

A-t-il voulu lui offrir des outils

Pour qu’il accède à la grâce

lui aussi ?

A-t-il voulu délivrer la puissance

des coffre-forts des privilégiés ?

Tandis que les autres

étaient encore à creuser

la fuite par le bas ?

A-il voulu les sortir

de la boue de la rue

et tant pis de salir

les belles robes blanches ?

Créer des espaces

où les yeux dans les yeux

quelque soit le vêtement

on se regarde là

où on se ressemble.

photo : spam