ferme don ta goule !

22 mars 2018 § Poster un commentaire

Ohé ! Ferme don ta goule, disait, mon père,

quand je prenais des airs de guerre.

Et à l’époque, je dois vous dire,

que petite fille, je me terrais.

Je n’avais pas jactance facile
je n’étais pas plante volubile
ni griotte ni intello
je gardais langue sous la peau.

De la race des taiseux
placoter misé cordieux !
Nous commencions sans rien finir
manquant d’images pour bien nous dire,
manquant de soufflet et de vent
nous nous prenions les pieds dedans,
étouffions rage sous bonnet d’âne
Silence ! le vague à l’âme.

La langue, nous la mangions
cannibales nous devenions
de nos mains crasses de pecnauds
la mastiquions en tête de veau.
Ohé ferme ton bagou, gueulait mon père
d’un air bourru, rugueux comme terre
exclue d’office des lumières.

Pensées plantées dans les pâquerettes
et crucifiées sous talonnettes.
De la langue nous étions indignes
vilains canards au pays des signes,
les rimes de nos riches cœur
notre esprit gorgé de douleur
la colère qui se tramait en creux
fallait les taire chez les taiseux.

Ohé, susurrais-je à Mon oreille
n’écoute pas, suis ton conseil.
Tu es fille au pays du machisme
Tu es rustique dans un bain d’ismes
de ta voix provoque don un schisme.

Expulse le tonnerre qui fait bouillir ton sang
risque la phrase en verset truculent
lâche la garde sur ton timide accent
aime toi-même son odeur qui sent.
Ta langue de ferme, de fumier, de bétail
de sueur, de cidre et de paille
de feu et de lait qui s’émaille
d’éclats de bouse sur ton tricot de maille,
c’est avec ça que tu peux livrer bataille !

N’ai pas honte de ton bégaiement
tellement pareil à l’aboiement.
L’obstination épicrânienne
te donnera ta langue de chienne,
Cerbère et fidèle gardienne.

Nous sommes parties ma chienne et moi
elle ne mord pas, mais elle aboie.

Madame Q.A.M.S (qui aime me suive)
texte écrit dans le cadre de la manifestation
DIS-MOI DIX MOTS

allant vers à l’envers

31 janvier 2018 § Poster un commentaire

Avec celle là, je serai toujours là, le matin, pour lui mettre la chaleur de ma main au cul, avant qu’elle y passe. C’est ce que je me disais. Elle rumine dans la noirceur, au service wagon nuit de la nouvelle compagnie, sous la lumière électrique du train qui abat les barrières, et remplit les oreilles d’alarmes. Elle enchaîne les va et vient entre ici là-bas ici. Depuis le temps, elle en a traversé des villes et des champs dans la nuit. Elle en a bipé des puces, elle en a calmé des énervés du voyage qui voudraient être arrivés avant d’être partis. Elle en a le jarret qui tremble quand elle pose pied à terre, ça se voit ces choses là, ça se cache pas sous la robe.

Chaque jour chaque nuit, elle rentre à l’aube. La litière est chaude par mon poil, par mes humeurs, par mon flanc gauche, – je couche sur le côté, pas besoin de me tourner quand elle débarque. Elle colle son museau à mes mamelles comme prête à téter. C’est le monde inversé. Heureusement, j’ai la main et l’esprit large. Ma Blonde d’Aquitaine, c’est la croupe qu’elle a large, mais le chignon étroit. Elle n’est pas bête, mais faut dire qu’elle a été engraissée à de la bouillie de tourteau, elle triture sa colère sans avoir la musculature pour l’encorner, comme moi je fais. Sans doute que je voulais pas d’un petit animal rusé ou pire, d’une chienne, d’une louve, qui défend son bout de gras avec ses crocs. Ma blonde, c’est un bon choix. Elle est docile, elle a un bon appétit sans exigence, une belle carcasse sans excès de gras, tendre et goutue, je vous raconte pas, et elle a un petit caractère quand même. Ça fait son charme.

Je veille sur elle. C’est dessiné dans le creux de mon poitrail, là, quand elle s’y endort abattue par la nuit. C’est là que je suis grand seigneur. Je ne la monte pas tout de suite. On s’est pas accouplé depuis la veille, mais c’est pas une raison. Avant, elle n’en pouvait tellement plus, qu’elle me donnait des coups de tête quand je commençais à la caresser. Plus maintenant, on s’est apprivoisé. Elle est aux aguets, elle attend mes caresses. Ça lui fait du bien. Mes petites tapes sur le cul, mes doigts dans sa bouche qu’elle tête pour de bon… hum… elle sait y faire la gamine. Mon machin prend la bonne consistance en deux coups de langue. On est prêt pour la saillie et pour les cris qu’on a à peine commencé. Parfois, j’ai essayé de rester dedans- j’ai un bon coup de rein, pour que ça nous dure plus longtemps ; mais j’ai du flair pour sentir quand ça va pas à côté. Ma blonde, elle n’aimait pas. J’écourtais, c’est pas si grave. On s’arrangeait bien tous les deux.

Mais ce matin, mes poils frissonnent à l’air libre, sans la bave qui coule du coin de ses lèvres. Et je comprends pas pourquoi c’est vide, là, au creux de mon poitrail. Enculée de ta race ! Ma langue saigne. Tu veux que je te dise ma bovine, ton coup de tête d’hier au menton, il me reste en travers de la mâchoire.

retirez-vous

19 janvier 2018 § Poster un commentaire

Vous aimez les clochards

ne les nourrissez pas

ne les abreuvez pas

ne leur parlez pas

ne les regardez pas

ne leur jetez surtout pas les miettes de votre humanité

vous aimez les clochards

ne les épargnez pas

frappez les s’ils pissent, s’ils chient, s’ils se masturbent à vue

chassez les s’ils bivouaquent dans la rue

brulez les quand ils dorment dans leur jus.

vous aimez les clochards

ne faites pas semblant

et soyez cohérents

vous fabriquez une société

qui en fabrique à la chaine

plus ou moins amochés

sur le trottoir ils se trainent

ce sont les ratés, ce sont les curseurs

du niveau de votre cruauté

si vous aimez l’être humain

allez au bout de votre geste

ou bien…

condamnez moi à l’atermoiement perpétuel

la rue des voleurs

24 décembre 2017 § Poster un commentaire

Fin lecture : 19.12.17

Ce qu’il en reste : Lakhdar le bien né…  une empathie, une reconnaissance même, pour un « personnage » né à Tanger, musulman, 20 ans. Banni de sa famille pour avoir frotté son corps et ses sentiments à sa cousine avant l’hypothétique et potentiel mariage avec elle. À partir de ce moment et au cours de sa vie, il semble entretenir une naïveté volontaire pour ne pas voir ce qui l’obligerait à condamner son ami d’enfance, sa famille, ses actes, ses oppresseurs… Il aspire à une vie tranquille nourrie de livres et d’amour et juste ce qu’il faut d’argent. Mais la violence et l’insensé viennent sans cesse défoncer sa forteresse de papier. L’amour peut-être aurait pu lui donner la force d’accepter l’inacceptable et d’avoir poids sur son destin. Mais l’amour a le cancer du cerveau…

Gêne : Gênée par la description en première page:  » Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l’os pourri qu’on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses »

Je ne reconnais pas le Lakhdar que je découvre par la suite. Qu’il dise « les hommes sont des chiens, etc… » avec ce qu’il a vécu, je comprends. Mais qu’il s’inclut dedans… Se décrivant comme un chien qui mord… je ne parviens pas à croire à la sincérité de la parole. L’intérêt d’un point de vue littéraire est que dès le début, se pose la question de : où en est Lakhdar de sa vie quand il écrit ça. D’où parle-t-il ? Si bien que lorsqu’il lui arrive d’être épargné momentanément de l’atrocité, de connaître des moments de grâce, revient ce début de livre qui nous raconte d’emblée qu’il ne sortira jamais de la crasse. D’où l’empathie peut-être. Nous sommes dans la même position que le personnage qui espère toujours « sortir » tout en pressentant l’impossibilité de sortir.

Habile : Les ironies du « destin ». Lakhdar, exploité par la société de Jean-François, français installé à Tanger, ressuscite les soldats français « morts pour la France »  en numérisant leurs fiches manuscrites. Le commanditaire est le Ministère des Affaires étrangères. Plus tard, Lakhdar, exploité par un patron espagnol, met en bière des corps compatriotes, retrouvés en mer dans un état indescriptible.

Complexe :  la fin. Est-ce le premier et l’ultime acte déterminé de courage dont il pourrait être fière ? Est-ce un geste suicidaire ? Est-ce la signature de l’échec (de l’humanité) ?

No-No et son jupon

26 novembre 2016 § Poster un commentaire

Chapitre premier d’un recueil en cours d’écriture… Le titre sera A-C

Au chant des Laudes, elle regardait le ciel. La brume était épaisse encore. Seul un bloc de crêtes perçait comme une dent dans une gencive.
Elle portait son jupon du dimanche, un jupon qu’elle portait chaque jour en réalité. Et chaque jour était dimanche depuis qu’elle s’était installée dans le village de A. Un coin abandonné des hommes, et même des dieux, disaient certains. En tout cas, abandonné des prêtres. Ce qui n’est pas tout à fait pareil. Le trou du cul du monde, disaient certains.
Et pourtant, le village de A n’était ni un trou ni un cul, simplement une enclave, un ilot suspendu, un virage, un palier entre plage et nues ; un asile où il faisait bon respirer à plein poumon.

Elle regardait le ciel et elle sentit confusément que le jour n’allait pas être aussi paisible que celui de la veille. Il lui semblait que son jupon se mettait continûment de travers. Il tournait à droite comme si quelqu’un tirait dessus. La poche se retrouvait en arrière et elle avait beau la remettre le long de la cuisse, la poche retournait sur le derrière. Elle se trouvait toute mal endimanchée, sensation qu’elle n’avait plus connue depuis un bail ; c’est à dire depuis sa vie d’avant, à C.
À C où quoiqu’elle porta, elle ne se sentait pas dans le vent.
Qu’est-ce qui vient se pendre à mon jupon, se demanda-t-elle. Puis elle tenta d’oublier. Après tout, que la poche soit devant ou derrière, il n’y avait personne pour le voir et surtout pas No-No qui vivait sans miroir.

La brume de peau était désormais tout à fait retirée. La montagne apparaissait à crû. L’air était d’une grande clarté si bien que la crête signait d’un trait sur le ciel uniformément bleu.

Elle regarda à terre, son petit bout de terre dans lequel elle avait semé des graines de sarrasin, ce sarrasin dont elle aimait les fleurs blanches rosées. Elle n’en aurait jamais assez pour récolter, porter les graines au meunier, fabriquer sa farine et en bout de course, préparer la pâte pour les galettes selon la recette transmise par sa grand-mère.
Enfin, transmise est un bien grand mot. Elle avait regardé faire sa grand-mère, sa grand-mère ne transmettait pas par les mots. Or après avoir regardé, il faut pratiquer, et il n’est pas honteux de rater quand on débute. Quand on débute, n’est-ce pas, on bute, et c’est un peu rebutant. Rater la première galette, c’est ce que fit No-No, sous les yeux affolés de sa grand-mère qui lui reprit dare-dare le rozell et le sklissen des mains, lui demandant de plutôt préparer le café pour le Petit Père. «  Va don, le Petit Père doit être réveillé. »

Le Petit Père était son grand-père : un homme aux yeux paisibles et au cœur sensible et aux jambes fatiguées, et à l’âge avancé, à tel point que les médecins refusèrent d’intervenir pour un oedème qui descendait dans les chevilles, qu’il avait très enflées. Ceignant la cheville de son grand-père, No-No mesurait la croissance de ses mains. L’expérience n’avait pas grande valeur scientifique puisque la cheville ne cessait de gonfler… si bien que No-No ne cessait de ne pas grandir. Une espèce de croissance zéro, en quelque sorte. Mais revenons à nos galettes.

Ce fut à C, que la vie lui donna une deuxième chance, lors de la fête de quartier de sa vie d’avant. Une fête que No-No ne manquait pas, parce que ne s’y vendaient pas que cochonneries, mais aussi des galettes de sarrasin à agrémenter selon son désir.
Le billig était bien là, à sa place, comme les années précédentes, la pâte grise aussi, dans une jatte de terre qui jurait dans le monde de la ville. Tout y était, enfin presque…
Il manquait le sklissen, le rozell, et tout aussi essentiel, « la dame des galettes ». Il était bientôt midi, les estomacs étaient sur le point de gargouiller, et pas une galette d’avance et « la dame des galettes. » absente. Elle doit être partie en quête des outils se dit No-No, en italique. Les outils utilisés une fois l’an, on ne se souvient plus où on les range. Et si elle ne les trouvait pas, toute cette pâte serait gâchée, point d’interrogation ?

No-No avait hérité du sklissen, du rozenn et du billig de sa grand-mère. Le billig de fonte est aussi lourd qu’une contre-basse est encombrante. Aussi l’attendait-il dans un grenier de son enfance, quelque part. En revanche, le sklissen et le rozenn la suivaient dans ses lieux de vie. Sans en parler à personne, elle alla chercher les vieux outils de bois dans son LSVR (logement à surface vitale réduite), deux rues plus loin. Au pire, ils resteront dans mon sac, au mieux ils sauveront la fête, se dit-elle en toute humilité.
La fréquentation avait doublé quand elle se retrouva devant le billig déserté, c’en était désolant. Les gens commandaient des cochonneries, ignorant le poste abandonné comme s’ils étaient aveugles à l’abîme.
No-No avait faim. Mais cela avait peu d’importance comparé à la contrariété que provoquait en elle ce billig condamné à la noirceur d’un lac de montagne sous l’orage menaçant. No-No qui aimait le raisonnement mathématique appliqué au vivant aurait pu facilement poser cette équation sans inconnue  : d’un côté, rozenn plus sklissen, de l’autre un billig et de la pâte. Si on passe le rozenn et le sklissen du côté où ils manquent, le problème est résolu. Sauf que la variable d’ajustement était No-No elle-même – puisque «  la dame des galettes  » n’apparaissait toujours pas. No-No avec son histoire commencée, souvenez-vous, par la tentative avortée d’apprendre à faire des galettes sous l’oeil incisif d’une grand-mère trop pressée.
Certains êtres humains sont ainsi faits qu’ils mémorisent, confortent et bétonnent au fond d’eux ce qui les entravent. No-No refusait de rater encore, comme s’il était écrit qu’elle devait encore rater. Elle entendait la remarque à laquelle elle n’échapperait pas : « Si vous alliez plutôt au stand des cochonneries, mademoiselle. Les galettes, franchement, mieux vaut oublier ! » Mais bientôt, il y eut une faille dans ce système aliénant et No-No eut le courage de s’y glisser. Un concert provoqua un mouvement franc et désordonné vers la fosse. Seuls quelques organisateurs, ici et là, se cramponnaient à leur poste.
No-No s’interdit d’y réfléchir à deux fois. Il y avait urgence. Elle passa de l’autre côté, enfila le tablier, alluma le gaz, remua la pâte, y ajouta un soupçon d’eau. Elle se saisit de la motte de beurre emballée- un peu trop molle à force d’attendre – et graissa le billig. Jetant quelques gouttes de pâte pour tester la température, elle s’élança.
Il n’est pas aisé d’enrayer les ratages premiers, aussi taira-t-on le nombre de galettes avortées avant l’acquisition du geste juste. En revanche, on dira que No-No quitta la fête du quartier aussi anonymement qu’elle y était arrivée, laissant la jatte vide et la pile de galettes hautes sous le torchon… Elle partait l’estomac rassasié de la première galette accomplie, faite de ses mains.
Oh vous me direz, ce ne fut qu’une toute petite victoire, et alors ?
Les mains de No-No en sortirent grandies.

Entre le brouillon de galette et les Laudes claires de ce jour débuté ensemble, quelle sorte de ligne ? Une vie humaine est-elle linéaire, circulaire, en étoile ? La vie tout court a -t-elle une forme ?

La tierce sonnait à l’église. No-No tourna machinalement son jupon pour remettre, encore, la poche sur le côté, et non derrière – on a beau dire, ce jupon obstiné l’agaçait ce matin-là – et elle partit vaquer à ses occupations jusqu’au soir. Dans le soi-disant «  trou du cul du monde  », la vie prenait la forme gourmande d’un pis rose, bombé, duveteux, suspendu au jour d’onagre qui éclôt. Une vie sans Chronos où le jour et la nuit coulent d’un même mouvement. La vie coulait et No-No, dedans, qui tétait le temps, l’écume des jours à la commissure des lèvres.

J’AI FAIT UN RÊVE

23 novembre 2016 § Poster un commentaire

J’ai fait un rêve….
J’ai rêvé que Trump nous avait tous …. . Qu’il était en réalité l’homme de la providence, qu’il allait amener un esprit mondial de co-création. Qu’il allait parvenir à porter à l’échelle d’un continent ce que d’autres inventent déjà à échelle locale…
Pendant la campagne, en réalité, Trump jouait un rôle… le rôle de celui qui avait le plus de chance d’être élu compte tenu de l’état de conscience des votants et de l’humanité dans son ensemble. IL s’étonnait même qu’on le prit au premier degré !
Maintenant qu’il avait obtenu la place de celui qui est écouté, il allait, par une autre façon de parler, influer une autre façon de penser. Et les votants se prendraient en main avec amour et intelligence…

BIT de Pau, Françoise. Photo prise par une passante

BIT de Pau, Françoise. Photo prise par une passante

sirènes du 16 juin

16 juin 2016 § Poster un commentaire

/07h49/ 36 rue richard lenoir 75 011 Paris/

/11h14/ la belle équipe Charonne/

/14h14/36 rue richard lenoir 75 011 Paris/

/14h46/36 rue richard lenoir 75 011 Paris/

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Où suis-je ?

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