la rue des voleurs

24 décembre 2017 § Poster un commentaire

Fin lecture : 19.12.17

Ce qu’il en reste : Lakhdar le bien né…  une empathie, une reconnaissance même, pour un « personnage » né à Tanger, musulman, 20 ans. Banni de sa famille pour avoir frotté son corps et ses sentiments à sa cousine avant l’hypothétique et potentiel mariage avec elle. À partir de ce moment et au cours de sa vie, il semble entretenir une naïveté volontaire pour ne pas voir ce qui l’obligerait à condamner son ami d’enfance, sa famille, ses actes, ses oppresseurs… Il aspire à une vie tranquille nourrie de livres et d’amour et juste ce qu’il faut d’argent. Mais la violence et l’insensé viennent sans cesse défoncer sa forteresse de papier. L’amour peut-être aurait pu lui donner la force d’accepter l’inacceptable et d’avoir poids sur son destin. Mais l’amour a le cancer du cerveau…

Gêne : Gênée par la description en première page:  » Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l’os pourri qu’on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses »

Je ne reconnais pas le Lakhdar que je découvre par la suite. Qu’il dise « les hommes sont des chiens, etc… » avec ce qu’il a vécu, je comprends. Mais qu’il s’inclut dedans… Se décrivant comme un chien qui mord… je ne parviens pas à croire à la sincérité de la parole. L’intérêt d’un point de vue littéraire est que dès le début, se pose la question de : où en est Lakhdar de sa vie quand il écrit ça. D’où parle-t-il ? Si bien que lorsqu’il lui arrive d’être épargné momentanément de l’atrocité, de connaître des moments de grâce, revient ce début de livre qui nous raconte d’emblée qu’il ne sortira jamais de la crasse. D’où l’empathie peut-être. Nous sommes dans la même position que le personnage qui espère toujours « sortir » tout en pressentant l’impossibilité de sortir.

Habile : Les ironies du « destin ». Lakhdar, exploité par la société de Jean-François, français installé à Tanger, ressuscite les soldats français « morts pour la France »  en numérisant leurs fiches manuscrites. Le commanditaire est le Ministère des Affaires étrangères. Plus tard, Lakhdar, exploité par un patron espagnol, met en bière des corps compatriotes, retrouvés en mer dans un état indescriptible.

Complexe :  la fin. Est-ce le premier et l’ultime acte déterminé de courage dont il pourrait être fière ? Est-ce un geste suicidaire ? Est-ce la signature de l’échec (de l’humanité) ?

Little girl gone

23 décembre 2017 § Poster un commentaire

Fin lecture : 19.12.17

Que reste-t-il ?

Découverte : On peut fort bien se tirer d’un roman policier sans policier ou presque. Ici, c’est Estelle qui même l’enquête accompagnée du Dr Langston, un psy spécialiste de la perte de mémoire dont est victime Estelle. Enquête psy autant qu’enquête policière.

Description de la dépression post-partum en laquelle j’ai pu comprendre des mécanismes de ce que j’avais vécu. L’auteure adresse son livre à « Toutes les mères, en particulier la mienne, toutes les filles en particulier la mienne ». Dommage… Les pères, maris, fils ont certainement autant besoin que les mères, femmes, filles, d’être préparés à ce phénomène qui, mène la société à juger et favoriser le replis sur soi de la personne vulnérable, la mère perd confiance, le père fuit, l’enfant est en danger. Il n’y a pas forcément disparition de l’enfant et accident quasi mortel de la mère, heureusement, mais le roman rend visible, par cette fiction, de l’enjeu de cette dépression.

DÉ-TER-MI-NA-TION : J’aime ce moment où Estelle après moultes épreuves plus qu’éprouvantes sait ce qu’elle a fait et ce qu’elle n’a pas fait. Sait aussi qu’elle ne peut compter que sur elle pour retrouver sa fille. Elle dépasse ce qu’elle croyait être capable de faire.

BEURK : Ce moment où le mari, père, qui a fui pendant la tempête parce qu’il ne savait pas faire autrement, et une fois un bout de vérité mise à jour, vient pleurer devant Estelle. La petite MIa n’est toujours pas retrouvée. Vivante ? Morte ? ce ne sont pas des larmes de lamentations et de culpabilité qui vont changer la donne, ce sont des décisions du genre : bon maintenant, je vais arrêter d’être con et lâche, j’ai en face de moi une femme que j’ai méprisée, à tord, je m’en remets à elle que faut-il faire ? Mais non, lui il pleure, et il aimerait bien qu’on le console parce qu’il a eu bobo…Estelle parle : « Finalement, tout ce qui touche à Jack me parait stupide. Ces coups de crocs, ces petites merdes qu’il ne pouvait s’empêcher de me balancer quand le véritable monstre vivait dans la même maison que moi pendant qu’il travaillait sur le marché des changes et des capitaux d’investissement. Va te faire foutre Jack, VA. TE. FAIRE. FOUTRE ! »

Odeur: je garde moins les odeurs que la manière dont l’auteur et/ou le narrateur cherche à qualifier l’odeur, en procédant par élimination. Là aussi il y a enquête. Estelle : « Quand je me réveillai, mes genoux me faisaient mal. Je fis un effort pour me relever et je sentis alors sous moi quelque chose de mou. J’approchai la chose de mon nez et je la sentis. L’odeur étincelait mais pas comme des paillettes ou des feux d’artifice. Pas comme une chute de neige le jour de Noël ou un matin froid de février, et cependant elle avait quelque chose de plus que la fraîcheur de la camomille, de la lavande et du camphre… et en même temps elle était chaleureuse, mais pas comme la cannelle et le sucre roux… l’odeur était un mélange, un assemblage des deux, elle était à la fois délicate et robuste, comme la couette douce et usée de votre enfance… plus raffinée que du coton, plus distinguée mais à la fois plus résistante. Cette odeur était pure et grandiose, et elle m’entourait de toutes parts. J’ouvris les yeux. J’avais la couverture de Mia dans les mains. »

le gardien du phare

23 décembre 2017 § Poster un commentaire

5.12.17: Début lecture

12.12.17 : Fin lecture

23.12.17 : Qu’en reste-t-il ?

L’ïle de Gråskär, dans l’archipel de Fjällbacka, les enfants, beaucoup d’enfants, la vie de famille, des morts, des vivants, des accidentés, des femmes violentées, une association « le refuge » lieu d’accueil pour les femmes, menacées d’être encore frappées , humiliées. Un lieu qui outre-passe ses droits en organisant la fuite de femmes sur un territoire où elles seront peut-être à l’abri. Un lieu qui prend des risques.

Des « figures »: figures de flics, homme, femme, jeunes, moins jeunes, en fin de carrière.

Des « figures » de femmes, mères, pères, maris

Des figures de politiques, avec le maire,

Un personnage « effacé », celui qui se fait tuer. Un justicier liquidé.

Une figure d’écrivaine connue en période maternage et soins familiaux.

Une construction style cinématographique. Chaque « micro-chapitre » pourrait être une scène. Montage rythmé et inattendu.

La persistance d’un thème : le rapport entre êtres humains de sexe opposé traité à différentes époques (via une voix d’Outre-tombe), dans différentes configurations. Le spectre passe de la femme anéantie battue par l’homme,  au couple tentant au mieux d’appliquer le partage des responsabilités.

Et l’île aux esprits où la frontière entre morts et vivants s’estompe.

Où suis-je ?

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