ça boîte à dakar

12 mars 2016 § Poster un commentaire

Il est donc une boîte remise par un enfant à la voyageuse, le jour de son départ. La boîte porte des inscriptions. On dirait des lettres arabes, mais c’est un rébus écrit en « braille ». Le message peut-être lu par le toucher du doigt, tandis que les yeux regardent la ligne bleue des Vosges. Il fait nuit. L’ami doit être là, au bout, à attendre. Être attendue à l’étranger, oh joie !

L’océan n’est pas loin (odeur), qui borde le continent africain. L’océan, lèche la « civilisation ». La civilisation se méfie du ventre d’eau sans peau. Vu d’avion, l’océan semblait infini.

Au premier pas, c’est le chaud. Au deuxième c’est l’inquiétude. L’ami n’est pas là. Le doigt touche le métal gravé de la boîte.

Il fait chaud, il fait nuit.  Les tongs claquent ou traînent sur le sable, batterie des retrouvailles. Quelqu’un va venir.


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le thé

11 mars 2016 § Poster un commentaire

La première fois, on reste coi. C’est le mythe sans le mythe avec le mythe. La première fois on ne sait rien encore et on se pose des questions… Après, on regarde, on écoute, on se tait, on réapprend à marcher. On perçoit que le geste vient de loin, mais qu’il est habité comme la toute première fois. La préparation du thé demande la même attention que l’on ait 14, 25 ou 60 ans. L’audace gagne sans doute avec le temps. Le liquide brun doré chaud est versé et déversé de plus haut encore. La mousse est plus abondante encore. Les gouttes sucrant l’assiette de plastique rouge sont plus rares. Les papilles du maître-thé s’affinent et en conséquence le dosage de thé vert, d’oxygénation et de sucre aussi, mais le temps de la cérémonie est le même d’âge en âge, de génération en génération

la théière est rigolote, ridicule, elle est jouet comparée aux Aladins buveurs de thé. Le maître thé se sert en dernier. Il ne boit goutte de la douceur du premier, il ne boit goutte de l’équilibre du deuxième. Du troisième, le plus corsé, lui restent quelques gorgées.

On dit que les touaregs disent que le premier verre est aussi doux que la vie. Le deuxième est aussi fort que l’amour. Le troisième est aussi amer que la mort. Le thé a été l’unique dessert du séjour servi avant et après les plats uniques à base de riz, une fois trois fois par jour, deux fois trois fois, trois fois trois fois… Là, il n’y a pas de loi.

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Autour du feu, je dis  : si j’étais une artiste célèbre comme Marina Abramovic, grand-mère de la performance, je proposerais les 333 heures du thé au centre George Pompidou. Je ferais venir les maîtres thé de Tobor qui à tour de rôle, au centre d’une pièce du musée aménagée d’une natte et d’un feu, prépareraient le thé. Avec cette même lente patiente exigence. Des heures de queue pour goûter quelques gouttes. Avec cette performance, leur dis-je, vous gagneriez plus que la somme nécessaire à l’aménagement du campement.

Mais je ne suis pas une artiste riche et célèbre.

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le vol

11 mars 2016 § Poster un commentaire

Pas bouger. Coincé entre hublot et passagère. Échange de quelques mots de politesse, mais pas plus. Il est prudent de ne pas ouvrir grand les oreilles à une conversation avec une étrangère qui potentiellement est bavarde, angoissée, imbue de sa personne, sans relief et sans curiosité et réciproquement. Le livre est une compagnie plus gérable. On l’ouvre, on le ferme, au gré de l’envie de mots ou de silence, ou de sommeil, ou de contemplation des nuages, des montagnes. Des couleurs. Des formes grasses d’ombres. En altitude, le relief s’estompe. Seule la connaissance le recrée

Pas bouger. Ni pour préparer à manger, ni pour desservir, ni pour la vaisselle. Le repas vient à soi. Le siège est le royaume Le royaume est remis au mains du pilote, du commandant de bord, des stewards, des hôtesses, et de la technologie.

Un homme d’affaire, trapu, costaud, vaillant, pleure sur le siège devant. Il supplie qu’on lui ouvre le hublot. Il sait que c’est impossible, mais la peur fait sauter les verrous de la rationalité. L’hôtesse accueillent les délires de l’homme. Elle lui prend la main, le rassure, profitez, monsieur, du rare moment qui vous est offert où vous n’avez ni à entreprendre, ni à penser, ni à agiter vos bras, ni à rougir de honte. Vous êtes un oiseau porté par les courants amis. Vous volez vers le chaud. Pendant ce temps, le monde continue de tourner. Les actions de descendre et monter et vous n’y pouvez rien.

Fermez les yeux, Duerme duerme, monsieur, le sable n’est pas loin.


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la boîte

11 mars 2016 § Poster un commentaire

 À l’aéroport d’Orly, on m’a remis une boîte. J’ai hésité à la prendre. Il est interdit d’accepter quoi que ce soit de qui que ce soit pour des raisons de sécurité. J’ai hésité mais c’était un enfant.

J’ai hésité car j’ai supposé que l’enfant attendrait de l’argent, mais l’enfant s’en est allé comme il était apparu.

L’enfant a dit « merci ».

Même pas eu le temps de regarder la boîte, regarder dedans, car embarquement immédiat pour Paris-Dakar, Gate 6. Boîte dans le bagage à main, passeport dans la main, accélération, embarquement, repos.

Corps contrit sur le siège à angle droit, bagage à main casé à la pointe des pieds, pas bouger, ceinture, coussin, couverture, pas bouger.


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le carnet du Tobor

11 mars 2016 § Poster un commentaire

Un auteur français du nom de Jean-PhilippeToussaint a écrit le livre titré « Football ». Ce livre, dit-il en préambule, ne touchera ni les intellos qui s’intéressent rarement au foot, ni les footballeurs, qui le trouveront trop intello. Je l’ai offert à une amie franco-espagnole qui lit autant Dostoïesky (auteur russe exigeant) que l’Equipe (journal populaire des sportifs), qui écrit des pièces de théâtre entre deux envolées en tant qu’hôtesse de l’air, qui regarde la plupart des matchs avec une préférence pour l’équipe du Barça en réduisant à zéro le volume des commentaires, au profit d’un opéra de Verdi ;

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Qui brille d’une espiègle intelligence même lorsqu’elle ses cuisses pénètrent l’air à rebrousse poils sur une balançoire en crachant les pépins de pastèque vers le ciel.

Elle porte le nom de la femme chassée du paradis, elle porte aussi le nom de l’eau en gallo. Elle se nomme Ève.

J’aimerais que ce texte atteigne l’ève qu’il y a potentiellement en chacun de nous. Je voudrais qu’il vous touche, hommes de Tobor, avec qui j’ai partagé 20 jours de ma vie. Je voudrais qu’il vous touche, amis de france qui formez ma communauté d’esprit. Disons que ce texte a été écrit dans le cadre d’une résidence d’écriture financée par le CNL numérique et qu’il donnera lieu à une lecture en ses lieux.

Chaque phrase déposée ici, je veux m’y tenir, sera jugée à l’aune de sa clarté pour les oreilles de chacun d’entre vous.


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