la boîte avec les enfants

12 mars 2016 § Poster un commentaire

Avec les moyens du Tobor :  planches de bois, troncs d’arbre, tissus coloré, bouquet de fleurs sauvages dans pot de moutarde : l’atelier enfant est né.

Quelques livres, feuilles, cartons de paquets de cigarettes, crayons de couleur sur la table, et la fameuse boîte.

C’est quoi cette boîte ? se demande-t-on par geste. Reprenons l’histoire…

la boîte est sculptée de fleurs dansantes. Si ça se trouve c’est une boîte à musique ? Si on l’ouvre, une tulipe en tutu rose se mettra à danser devant un miroir à facettes qui la démultipliera. N’entends-tu pas la musique de celle que j’avais enfant, que je remontais pour animer la danseuse classique sur son pic. Un demi tour à gauche, un demi tour à droite, pour tout mouvement! Ennui, mais aussi magie.

Puis un jour, silence et immobilité. J’eus beau remonter le mécanisme, la danseuse ne bougea plus.

Danse, petite, danse !

M’enfin !

C’est une révolte, une rébellion, une grève ?

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Elle ne dansait plus, et toutes ses collègues en tutu rose dans le miroir en faisaient de même.

Petites petites, je vous en prie, je vous en supplie, je vous ordonne, affectueusement, dansez ! J’ai sans doute eu des pensées maladroites à votre égard, c’est vrai que je me suis ennuyée mais votre danse, aussi rudimentaire soit-elle, est un rituel matinal dont je ne saurais me passer !

Rien.

Vexées les filles. Les mots n’étant d’aucun secours, je dus passer aux actes.

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je me mis à danser devant elles, et à chanter les notes de la boîte à musique, n’entends-tu pas ? Demi-tour à droite, demi-tour à gauche, corps souple et habité, tenu entre ciel et terre, petite main en l’air, danse certes rudimentaire mais pas si facile

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il me fallut plusieurs matins pour chasser le ridicule, et un jour, ma danse dans le miroir ressemblant grosso-modo à celle de la troupe, elles se remirent à danser

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les enfants ne comprennent rien à l’histoire. Ils n’ont que quelques heures de vol de français à l’école, et mon diola est bien sûr plus limité que leur français. C’est pourquoi nous n’avons ni parlé, ni écrit ensemble, nous avons exploré le dessin, la photo, le cadre, eux comme moi, moi plus qu’eux. Ma danse en revanche, les a bien fait marrer

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quant-à la boîte, nous n’étions pas plus avancés, car elle ne dispose pas de remontoir. Ce n’est pas une boîte à musique. C’est quoi cette boîte nom d’un chien?!

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la main sur la joue

12 mars 2016 § Poster un commentaire

Il y a une phrase d’un poème que je ne retrouve pas. Un poème érotique ou sensuel, ou à la peau de ces deux mots. Elle parle d’une main qui épouse la forme. La forme de la fesse.

Dis comme ça, forcément, platitude qui fesse la courbure ! Le lit-téraire sent le moelleux, le tendre, ou le ferme, en tout cas, la chair, la délectation de la parfaite adéquation de deux membres. La cohésion, la cohérence, la symbiose de cette main qui vient cueillir la pêche sans once de culpabilité, mais ivre du bonheur premier d’assembler deux parties d’un ensemble.

Quelle est donc la formulation qui n’explique pas mais fait image ?

Rodin-penseur-arles-antique

Le front se ride, le regard se retire, et la main se pose sur la joue. Posture de la réflexion nue. La courbe de tes flancs est comme un collier, œuvre des mains d’un artiste…Ces mains sont des globes d’or, garnies de pierres de Tarsis… des phrases reviennent mais pas les bonnes, et cependant, mon corps jette un trouble. Là où je suis, la main sur la joue signifie le retrait du monde présent pour sombrer dans le noir de ses ressentiments. Or, on me veut là pleinement offerte et joyeusement comblée.


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miroir, miroir

12 mars 2016 § Poster un commentaire

Il n’y a pas de miroir

Le tissu enroulé à l’africaine sur ma tête, est-ce ridicule ? Mon corps a-t-il changé de forme ? Ai-je bronzé du visage ? Quelle allure ce matin avec cet agencement coloré que je n’oserais pas dans ma société classement endeuillée ? Mes cheveux rebiquent-ils  et dans quel sens ? Miroir, miroir, suis-je moche, suis-je belle, suis-je désirable ?

  • Par mon absence, dit le miroir, s’absentent tes critères. Je te prie de t’en remettre à tes mains pour sentir le foulard sur ta tête, à ton cœur pour savoir si tu es belle, à ton corps et sa manière de bouger pour connaître sa forme.

  • Au soleil pour choisir les vêtements sombres ou clairs, ainsi qu’à ton ouvrage : pour hisser le seau du puits, pour piler le poivre et le piment dans le mortier posé au sol, pour laver tes parties intimes après avoir fait tes besoins, il faut des vêtements amples. Pour communier avec le soleil, il faut des couleurs. Pour marcher dans le sable et porter des bols de riz sur la tête, il faut des pieds qui sentent le sol et une colonne vertébrale qui relie le haut et le bas le bas vers le haut. Ton corps sait manger selon ses besoins, sait se tenir selon l’exigence de la tâche. Avec le temps, il trouvera sa juste articulation. Tes mains vont devenir plus lentes et plus adroites, elle prendront le relais de ta tête et de tes yeux. Et comme tu regardes l’autre en son image, laisse toi regarder. Tu verras tous les angles à travers l’autre, et non pas que la face que tu présentes au miroir, duquel tu attends une image qui ne te ressemble pas.


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ligne de fuite

12 mars 2016 § Poster un commentaire

De l’aéroport au port sans se fixer dans la case Dakar. Embarquer vite, dans le bateau-forteresse, fuir la ville par la mer.

Au revoir Dakar.

P1020198Oh Salut mon Arche Aline Siloe Diatta

S’appuyer soulagée sur le bastingage. Le ciel et l’eau s’obscurcissent. Couchers de lampadaires sur les vaguelettes. Le pont levis se lève. Les amarres lâchent. Adieu.

Suivre la ligne du continent vers le sud. Manger, boire, dormir dans une cabine pour les riches, dans un fauteuil pour les autres. Petit matin servi au restaurant pour les riches, sur le pont pour les autres, qui voient l’Arche tourner à gauche dans l’estuaire du fleuve Casamance. La route est longue encore, la mer s’éloigne doucement.

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Ne pas aller jusqu’à la source du fleuve. S’arrêter quelques centaines de mètres avant le pont Badiane, à Zinguinchor. Descendre. Changer euros contre CFA. Un taxi pour Tobrouk. Traverser le pont vers le nord. Poissons à vendre sur le bord de la route pavée, bolong à gauche, bolong à droite. Le pavé devient goudron, puis piste de terre rouge, puis sable. Ralentir.

Longer le terrain de foot ensablé. Arbres, oiseaux, herbes sèches, terrain clôturé, maraîché de rouge. Au centre du jardin, le puits, sa poulie, son seau en plastique suspendu et ses 6 arrosoirs de métal gris au sol. Longer la clôture de pieux rouges et de filets de pêche. C’est ici.

Deux cases aux toits de chaume. L’ovale est le futur restaurant du campement de Tobor de la famille Goudiaby. La case à impluvium sur la droite rassemble les futures chambres autour d’un point lumineux. Pour l’instant, elles servent de poulailler. Quelques mètres encore et l’ombre du manguier dont les branches soutiennent la place stratégique du lieu : le hamac. Sagar se dresse. Ibou est près du feu. Check est sur le banc. Check, c’est le « chef ». Il a initié le campement sur des terres familiales. Check est un retour à la terre.

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ça boîte à dakar

12 mars 2016 § Poster un commentaire

Il est donc une boîte remise par un enfant à la voyageuse, le jour de son départ. La boîte porte des inscriptions. On dirait des lettres arabes, mais c’est un rébus écrit en « braille ». Le message peut-être lu par le toucher du doigt, tandis que les yeux regardent la ligne bleue des Vosges. Il fait nuit. L’ami doit être là, au bout, à attendre. Être attendue à l’étranger, oh joie !

L’océan n’est pas loin (odeur), qui borde le continent africain. L’océan, lèche la « civilisation ». La civilisation se méfie du ventre d’eau sans peau. Vu d’avion, l’océan semblait infini.

Au premier pas, c’est le chaud. Au deuxième c’est l’inquiétude. L’ami n’est pas là. Le doigt touche le métal gravé de la boîte.

Il fait chaud, il fait nuit.  Les tongs claquent ou traînent sur le sable, batterie des retrouvailles. Quelqu’un va venir.


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le thé

11 mars 2016 § Poster un commentaire

La première fois, on reste coi. C’est le mythe sans le mythe avec le mythe. La première fois on ne sait rien encore et on se pose des questions… Après, on regarde, on écoute, on se tait, on réapprend à marcher. On perçoit que le geste vient de loin, mais qu’il est habité comme la toute première fois. La préparation du thé demande la même attention que l’on ait 14, 25 ou 60 ans. L’audace gagne sans doute avec le temps. Le liquide brun doré chaud est versé et déversé de plus haut encore. La mousse est plus abondante encore. Les gouttes sucrant l’assiette de plastique rouge sont plus rares. Les papilles du maître-thé s’affinent et en conséquence le dosage de thé vert, d’oxygénation et de sucre aussi, mais le temps de la cérémonie est le même d’âge en âge, de génération en génération

la théière est rigolote, ridicule, elle est jouet comparée aux Aladins buveurs de thé. Le maître thé se sert en dernier. Il ne boit goutte de la douceur du premier, il ne boit goutte de l’équilibre du deuxième. Du troisième, le plus corsé, lui restent quelques gorgées.

On dit que les touaregs disent que le premier verre est aussi doux que la vie. Le deuxième est aussi fort que l’amour. Le troisième est aussi amer que la mort. Le thé a été l’unique dessert du séjour servi avant et après les plats uniques à base de riz, une fois trois fois par jour, deux fois trois fois, trois fois trois fois… Là, il n’y a pas de loi.

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Autour du feu, je dis  : si j’étais une artiste célèbre comme Marina Abramovic, grand-mère de la performance, je proposerais les 333 heures du thé au centre George Pompidou. Je ferais venir les maîtres thé de Tobor qui à tour de rôle, au centre d’une pièce du musée aménagée d’une natte et d’un feu, prépareraient le thé. Avec cette même lente patiente exigence. Des heures de queue pour goûter quelques gouttes. Avec cette performance, leur dis-je, vous gagneriez plus que la somme nécessaire à l’aménagement du campement.

Mais je ne suis pas une artiste riche et célèbre.

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le vol

11 mars 2016 § Poster un commentaire

Pas bouger. Coincé entre hublot et passagère. Échange de quelques mots de politesse, mais pas plus. Il est prudent de ne pas ouvrir grand les oreilles à une conversation avec une étrangère qui potentiellement est bavarde, angoissée, imbue de sa personne, sans relief et sans curiosité et réciproquement. Le livre est une compagnie plus gérable. On l’ouvre, on le ferme, au gré de l’envie de mots ou de silence, ou de sommeil, ou de contemplation des nuages, des montagnes. Des couleurs. Des formes grasses d’ombres. En altitude, le relief s’estompe. Seule la connaissance le recrée

Pas bouger. Ni pour préparer à manger, ni pour desservir, ni pour la vaisselle. Le repas vient à soi. Le siège est le royaume Le royaume est remis au mains du pilote, du commandant de bord, des stewards, des hôtesses, et de la technologie.

Un homme d’affaire, trapu, costaud, vaillant, pleure sur le siège devant. Il supplie qu’on lui ouvre le hublot. Il sait que c’est impossible, mais la peur fait sauter les verrous de la rationalité. L’hôtesse accueillent les délires de l’homme. Elle lui prend la main, le rassure, profitez, monsieur, du rare moment qui vous est offert où vous n’avez ni à entreprendre, ni à penser, ni à agiter vos bras, ni à rougir de honte. Vous êtes un oiseau porté par les courants amis. Vous volez vers le chaud. Pendant ce temps, le monde continue de tourner. Les actions de descendre et monter et vous n’y pouvez rien.

Fermez les yeux, Duerme duerme, monsieur, le sable n’est pas loin.


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la boîte

11 mars 2016 § Poster un commentaire

 À l’aéroport d’Orly, on m’a remis une boîte. J’ai hésité à la prendre. Il est interdit d’accepter quoi que ce soit de qui que ce soit pour des raisons de sécurité. J’ai hésité mais c’était un enfant.

J’ai hésité car j’ai supposé que l’enfant attendrait de l’argent, mais l’enfant s’en est allé comme il était apparu.

L’enfant a dit « merci ».

Même pas eu le temps de regarder la boîte, regarder dedans, car embarquement immédiat pour Paris-Dakar, Gate 6. Boîte dans le bagage à main, passeport dans la main, accélération, embarquement, repos.

Corps contrit sur le siège à angle droit, bagage à main casé à la pointe des pieds, pas bouger, ceinture, coussin, couverture, pas bouger.


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le carnet du Tobor

11 mars 2016 § Poster un commentaire

Un auteur français du nom de Jean-PhilippeToussaint a écrit le livre titré « Football ». Ce livre, dit-il en préambule, ne touchera ni les intellos qui s’intéressent rarement au foot, ni les footballeurs, qui le trouveront trop intello. Je l’ai offert à une amie franco-espagnole qui lit autant Dostoïesky (auteur russe exigeant) que l’Equipe (journal populaire des sportifs), qui écrit des pièces de théâtre entre deux envolées en tant qu’hôtesse de l’air, qui regarde la plupart des matchs avec une préférence pour l’équipe du Barça en réduisant à zéro le volume des commentaires, au profit d’un opéra de Verdi ;

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Qui brille d’une espiègle intelligence même lorsqu’elle ses cuisses pénètrent l’air à rebrousse poils sur une balançoire en crachant les pépins de pastèque vers le ciel.

Elle porte le nom de la femme chassée du paradis, elle porte aussi le nom de l’eau en gallo. Elle se nomme Ève.

J’aimerais que ce texte atteigne l’ève qu’il y a potentiellement en chacun de nous. Je voudrais qu’il vous touche, hommes de Tobor, avec qui j’ai partagé 20 jours de ma vie. Je voudrais qu’il vous touche, amis de france qui formez ma communauté d’esprit. Disons que ce texte a été écrit dans le cadre d’une résidence d’écriture financée par le CNL numérique et qu’il donnera lieu à une lecture en ses lieux.

Chaque phrase déposée ici, je veux m’y tenir, sera jugée à l’aune de sa clarté pour les oreilles de chacun d’entre vous.


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Où suis-je ?

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