gie

9 avril 2016 § Poster un commentaire

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en mémoire de sa mère

check est revenu à la terre

GIE pour

groupement d’intérêt économique

un petit coup de pouce entre soi

pour défricher

désensabler

semer, planter, récolter, prendre du bon temps sous le manguier, loin des villes, loin du goudron, parmi les oiseaux

et ce n’est ni l’absence d’électricité, ni les petits moyens du Tobor, ni les moustiques de l’hivernage, ni le référendum, ni les taxes au bac de Gambie, ni… qui empêcheront le rouge des piments.


la boîte, le vol, ça boîte à Dakar, ligne de fuite, le thé, miroir miroir, la main sur la joue, la boîte avec les enfants, arrachement/attachement, premiers mots, à la lame du rasoir, croyance, écoute, toubab, la boîte avec sagar, retours, (vous êtes ici), une gazelle à la mer

retours

9 avril 2016 § Poster un commentaire

retour 1 

de la ferme où je suis née jusqu’à mon activité littéraire d’aujourd’hui, en passant par mes années de recherche en science fondamentale, je me suis dirigée, en toute inconscience, vers la dématérialisation de mon existence. Les phrases sont mon véhicule, ma pensée est leur essence, j’ai construit avec les mots. J’ai misé sans le savoir, sur la puissance de la capacité à penser. Je ne regrette rien. Quelle victoire de pouvoir penser sa vie, penser le monde. Mais dans l’euphorie, je crains de m’être éloignée de la matière… et de m’essouffler à alimenter le feu d’une montgolfière sans amarres… Pétronille où es-tu ?

C’est aussi la pensée qui m’a permis de revenir en contact avec la pierre, avec le sable, avec le sol, et de découvrir le potentiel poétique de chaque geste du quotidien, l’intemporalité dans la répétition.

retour 2

ce qui se joue, ce qui s’est joué pendant les vingts jours en Afrique, est la mise au premier plan du corps occupé, avec lenteur sous le soleil, à servir les besoins vitaux du quotidien. Manger, boire, se laver, déféquer, pisser, cuisiner, aménager une case, fabriquer un portant de bambous pour pendre les vêtements, fixer un fil à linge entre deux palmiers, fournir en bois sec le feu incessant, tenir à jour les réserves de légumes, poissons, sucre, café, thé, huile, petits sachets par petits sachets, cigarettes par cigarettes parfois, désensabler le puits travail de Danaïdes inversées, vivre à la lumière du jour et de la nuit…

Aller chercher de l’eau au puits est devenu un doux prétexte pour regarder les oiseaux sautiller dans le jardin de piments rouges en gestation. Penser le monde en grand, chercher à le suivre dans toute sa complexité, à quoi bon, quand en petit, on ne parvient pas à y être au présent.

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retour 3

ma croyance aujourd’hui c’est que s’il ma été donné de vivre ces 20 jours, comme cela, munie de la disposition à une certaine virginité, c’est que je dois le partager. Mais si ça se trouve, je n’écris ici que des choses que vous connaissez ou reconnaissez pour les avoir vécues, et être passé à autre chose de plus évolué dans la conscience ; C’est peut-être que je ne suis qu’un bébé en apprentissage, et que ces mots sont culottés. Si c’est le cas, considérez avec indulgence ce carnet. Prenez le comme un rapport de stage que j’aurai peut-être honte de relire quand je serai plus grande. Soyez un jury constructif, donnez moi des pistes pour vous rejoindre.

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la boîte avec sagar

9 avril 2016 § Poster un commentaire

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c’est quoi cette boîte ? me demande sagar

Mon dieu ! la boîte, je l’avais oubliée. Nous sommes sous le manguier où sagar remarque le moindre élément curieux. Du hamac qui lui est réservé le jour, il voit quand je vois, il voit quand j’écoute, il voit quand je cherche, quand je suis perturbée, perplexe. Il voit quand j’ai besoin de parler ou de me taire. Il voit pour tous les autres.

Il ne s’est trompé qu’une seule fois sur l’interprétation d’un regard que je portais vers le feu. Il grillait du poisson. Une des rares fois où il quitta le hamac pour amorcer la préparation du repas. Je regardais dans sa direction, lui donnant à croire que je l’observais pour mémoriser une nouvelle recette. Ce n’était pas le cas. Nous étions à la fin du séjour, et je n’étais plus au stade du poisson grillé, mais de recettes beaucoup plus sophistiquées ! Je savourais le fait d’être là, tout simplement.

La boîte de métal gris, gravée de fleurs, ne lui a pas échappée. L’objet est insolite ici, où le bois, le filet de pêche en guise d’éponge, les bols légers d’aluminium, les 4 grandes cuillères, la minuscule théière, les mugs dépareillés de verre et de plastique, le couteau pour la cuisine, les seaux blancs pour la vaisselle, le seau alimenté en eau du puits pour y plonger un mug et se désaltérer, un récipient cabossé au cul noir charbon pour préparer le café, quelques gamelles en fonte dont les couvercles servent de poêles, sont tous les objets.

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Le mortier sort du lot. Son bois est gravé d’un motif géométrique, lignes horizontales et triangles mathématiquement entrecroisés, que l’on retrouve sur le pilon. Poli par l’usage, il est à la cuisine ce que le hamac est au manguier

La boîte, je la traîne depuis l’aéroport d’Orly où on me l’a remise en main propre. J’ai hésité à la prendre, des fois que ça aurait été une bombe, mais les mains de l’enfant qui me la tendaient, et ses yeux, me racontaient autre chose.

Je raconte à Sagar où j’en suis de mon enquête. La piste boîte à musique (les fleurs qui dansent, la forme rectangulaire, le poids) ne le convainc pas. Où serait la clé pour remonter le mécanisme ?

Je lui avoue un gros défaut : je nie ce qui ne nourrit pas l’histoire que je me raconte et j’invente ce qui la nourrit ; ce qui n’est pas sans poser quelques confusions entre la réalité et la fiction…

La boîte n’est assurément pas une boîte à musique, à moins qu’un mécanisme subtile, un système astucieux comme ceux des anciennes montres-bracelet-aiguilles qui se remontaient en agitant le bras…

  • ne serait-il pas plus simple d’ouvrir la boîte ? me demande Sagar.

Soit… je lui la tends. Son bras est long, et maigre. Suite à une maladie respiratoire chopée à l’usine, il a beaucoup maigri. Ses dernières analyses sanguines ne sont pas réjouissantes. Il ne travaille plus. Il arrive le matin vers 9h, avec la première papaye de l’année, quelques patates douces, des cornes de gazelle… il s’installe sur le hamac, tendu entre deux branches solides du manguier. Il goutte et participe à la vie qui va et vient, du jardin maraîché au thé, du thé au puits, du puits aux chambres, des chambres au goudron, des visiteurs de passage aux permanents, du maçon au poissonnier…

Au cours de journées solitaires et ennuyeuses, Sagar lut plusieurs livres que j’apportai pour les enfants, et il dessina ce qui devint l’histoire du garçon, de l’oiseau et du serpent, éditée dans le livre numéro 1 de la collection « les moyens du Tobor ».

À la nuit tombée, Sagar rentre chez sa mère pour partager avec elle le dernier repas du jour. C’est alors que le hamac se libère, ni trop proche, ni trop loin du feu. Il berce l’endormissement du jour.

  • C’est de l’arabe sur le couvercle, dit Sagar en me tendant la boîte.

Je l’ai cru, moi aussi, d’autant que l’enfant qui me remit la boîte portait une djellaba blanche.

  • Je crois que ce sont des dessins calligraphiés, un rébus, je crois.

Sagar regarde, ne voit rien de lisible, pose la boîte sur la table basse en bois. Nous l’observons. Je finis par apercevoir un rat. Je le montre à Sagar. Il confirme.

  • Mon premier est donc RAT.

Le deuxième… voyons… comment le décrire ? Nous observons… je devine…  Sagar tend le bras pour attraper la boite. J’hésite. Je lui tend la boîte. Il regarde. Il regarde. Il regarde. Rougit-il ?

  • lui : je ne vois rien

  • moi : mon deuxième, dessiné à un poil du museau du rat, est, il me semble, le sexe d’une femme

  • lui : montre

  • moi : tu confirmes ?

  • lui : oui

  • moi : mon troisième, c’est un T. D’accord ?

  • lui : oui

  • moi : Mon quatrième est une sorte de règle de 30 jours, avec par-ci par-là des croissants et des pleines lunes

  • lui : mois

  • moi : probablement

  • lui : rat/T/mois

  • moi : ratez moi

  • lui : il manque quelque chose

  • moi : oui

  • lui : rat/sexe de femme/T/mois

  • moi : ben non

  • lui : je ne vois pas

  • moi : dans nos contrées civilisées, le sexe de la femme peut se nommer par un petit mot de trois lettres, qui sert aussi à insulter

  • lui : pourquoi ?

  • moi : c’est con. Ça viendrait de connil, le lapin

  • lui : le lapin d’Alice, j’ai bien aimé

  • moi : tu l’as lu aussi ? 

  • lui : RAT/CON/T/MOIS

  • moi : racontez-moi

nous aurions pu ne jamais ouvrir la boîte. Nous aurions pu continuer à essayer de deviner, inventer, dialoguer. Ce que nous avons fait. Ce n’est que rentrée à Paris que j’ai finalement ouvert la boîte dont je savais pertinemment ce qu’elle contenait. Des mots. Encore des mots. Toujours des mots. Je l’avais fabriquée afin d’inventer des histoires avec les enfants dont l’incipit ou le titre aurait été tiré au hasard dans la boîte : combien de terre faut-il à un homme…. Instruments d’amour… passagère clandestine… le ventre de l’arbre…. les petites marées… le baiser du mammouth… rêve général… etc etc etc… les enfants étant en début d’apprentissage du français, et moi plus qu’en début d’apprentissage du diola, ce fût le dessin. La boîte n’a pas dit son premier mot.

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premiers mots

8 avril 2016 § Poster un commentaire

 

 

Premiers mots

tu m’as dit  bienvenue

tu m’as dit  tu fais partie de la famille

tu m’as dit que la paix soit avec toi

étrangement, je t’ai entendu

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écoute

8 avril 2016 § Poster un commentaire

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toubab

7 avril 2016 § Poster un commentaire

exercice, première partie

Nous avons quitté Tobor lorsque le soleil ne tapait pas encore trop fort sur le goudron. Un taxi-brousse, le 7 places ils disent, s’est arrêté après une demi-heure d’attente. Il traverse maintenant la Casamance (le fleuve). Il laisse donc derrière nous, Tobor, et le goudron et les bolongs, vastes étendues de marécages d’argile ponctuées de roseaux et de hérons blancs. Pour rappel, le fleuve prend sa source des centaines de kilomètres à l’est, au levant, ils disent, près de Fafacourou. Il se jette des centaines de kilomètres à l’ouest dans l’Atlantique, le même qui borde les côtes françaises. Il est une précieuse route maritime pour le Aline Siloe Diatta, qui transporte touristes, commerçants, habitants de Casamance exilés à Dakar. Nous le surplombons sur 640 mètres, grâce à la récente remise en état du pont Emile Badiane ;

Nous entrons donc dans la ville de Zinguinchor après une halte à la douane, dès fois que le véhicule de tôle approximative camouflerait un marché illicite transitant par la Gambie plus au nord. L’odeur de poissons vendus à même le sol d’un coup balaie celle du beurre de karité et du carburant. « C’est ici que nous descendons ? ». Non, répond Fissa Molo.

On continue jusqu’au garage, gare routière encombrée de vendeurs à l’étalage. Fissa n’est pas bavard, mais son silence jusque là était serein. Nous amorçons la descente du 7 places, Fissa est le premier à mettre pied à terre. Il a voyagé debout sur le marche-pied en se tenant à l’encadrement des portes arrières entre-ouvertes, le nez en conversation avec un bout de caoutchouc. J’étais au premier rang, je descends la dernière. Entre nous une vingtaine d’hommes, femmes et enfants en tissus colorés ou en survêtements tee-shirts avec des inscriptions et marques sans importance.

EXERCICE DEUXIÈME PARTIE

Fissa m’attrape la main qu’il ne lâchera plus au cours des deux heures que nous passerons au marché Saint-Maur, nom au relent de colonies justifié aujourd’hui encore par un gentil jumelage. Se montrer avec une toubab, une louloume, une oreilles rouges (comme le pieds est noirs), le met en panique. Il me serre la main, réduit l’espace entre nos corps. Nous pénétrons dans le souk autant que le souk nous pénètre cependant que les prédateurs, ses frères, affûtent leurs discours. NOUS NE VOULONS ACHETER QUE DES LEGUMES PAS LA PEINE DE NOUS HARCELER, LA TOUBAB NE VIENT PAS DU CLUB MED, ELLE SEMBLE VENIR POUR AUTRE CHOSE !

Il me protège, me traîne, me tire, m’accélère, me freine, me dirige, me réprimande, me menotte, car rien à faire. Ils l’exaspèrent, il m’exaspère, il m’emprisonne, m’exagère, m’engueule, m’attise, me hait. Ok mec ! Toi et tes frères, vos rejouez le drame. Vous éveillez le monstre qui sommeille dans un repli de notre Histoire. Le mythe de l’occidental(e) en Afrique plein de frics pour payer, payer, payer. Il me faut jouer ?

Jouons. Je vais vous bouffer comme l’ont fait mes ancêtres. Je vais te bouffer, toi, trop beau gosse pour être nègre. Je lutte pour ne pas mettre des guillemets. Ta main devient la mienne. Ta main ambiguë ni blanche ni noire, aux ongles limés courts, aux doigts de prince imbu, aux gestes impunément délicats. Ta main d’os et de chair d’esclave, peau rêche, sèche, qui préserve en dedans la tendresse pour tes femmes de brousse, ta main mérite la braise. Ta main, ma main. Ma main de bébé, rose, chaude et moite, sent le lait, un poil innocent, ongles blancs de race légitime, ta main est faite pour servir la mienne. Ta main, de ma petite main, mine de rien, je la serre, la broie, tu le sens ? la soigne, la flatte, la blâme, la fouette, la baise, la réduit, l’extermine, la pleure, l’abandonne, la jette.

Ceci n’est pas mon corps mais un texte initié dans un atelier d’écriture titré Fragments d’eros. Il répond à une proposition habilement construite où l’on passe d’une déambulation dans un paysage de noms propres à un émoi érotique provoqué par une partie du corps préalablement érotisée sous forme de blason. J’ai voulu me prêter à l’exercice jusqu’au bout, pour vivre l’expérience par l’écriture d’actions et de pensées difficiles à éprouver, cependant, présentes, quelque part, dans l’inconscient collectif et à l’aéroport.

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croyance

16 mars 2016 § Poster un commentaire

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  • Tu ne voudrais pas être musulmane ?

  • Non, je ne voudrais pas.

  • Pourquoi ?

  • Il me semble que je n’en ai pas besoin. Ma religion est ce qui me relie au monde. L’art, l’artiste, ont été ma religion et mon dieu. Le bourgeois l’a été, quand je ne savais pas encore qu’il s’appelait bourgeois. Le philosophe quand je parviens à entendre sa pensée, l’est encore aujourd’hui. L’éducation populaire aurait pleinement pris la place si je l’avais rencontrée à l’époque de Vilar. La pure écoute est sans doute la religion qui me travaille le plus actuellement et comme toute religion, elle vise un idéal. Se relier à l’autre par l’écoute sans jugement, sans préjugé, sans grille. J’aime tendre vers ce possible là.


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