je ne sais pas

12 juillet 2018 § Poster un commentaire

(…)
et je ne sais pas le visage de l’humain
dans le miroir du millénaire prochain
le nombre de puces cachées sous l’épiderme
sa vision du proche, du passé, de l’hymen
je ne sais pas

et je ne sais pas les verres qui grouillent sous la terre
ce qu’ils ingèrent, ce qu’ils chient, si c’est de la merde
les racines des arbres se déchaussent-elle
ainsi que le font les vieilles dents de ma mère
je ne sais pas

Et je ne sais pas s’il me faut construire une arche
un ballon ou un dirigeable
la boue engloutit des villages
le niveau monte, la canicule ainsi que le grand large
je ne sais pas

je ne sais pas si les vents chassent la tristesse
d’avoir été chassé d’chez soi, nu et sans passerelle
y-a-t-il des sourires qui réparent les blessures
le bonheur de l’autre est parfois injure
je ne sais pas

et le plaisir dans la mer, de s’y baigner
d’y offrir sa peau, ses humeurs, son humilité
est-ce la même mer, monstrueuse, qui arrache
les corps habillés de la terre en désastre
je ne sais pas

je ne sais pas la force des mots, le bouche à oreille
ni le pouvoir des discours éructés dans le micro
l’homme est-il un loup pour l’homme
et la femme une louve qui a troqué ses poils ?
Je ne sais pas

Je sais que je suis là, les yeux souvent humides
Je déniche sur les visages le duvet des sourires
la douceur des oisillons cachés sous le faîtage
la joie d’un frère, d’une sœur, m’emporte dans son sillage

et ce que je sais aussi, avec certitude
c’est le mouvement de mon cœur
de ma tête, de ma maison
là-dedans, jamais rien de fixe
ça change, ça se réorganise
le divin parfois s’y invite, le temps d’une grâce
le reste du temps, ça veille à l’ombre- lumière
à l’onde corpusculaire, à l’eau, à chaque graine
ça grince souvent sous la dent
quand des grains de sable s’en mêlent

le corps fixe qui vous parle ici
c’est le petit monde mouvant du dedans qui l’actionne
pour que toujours, le cœur fonctionne

si un jour ce monde devait se réduire à un point…
je n’irai pas plus loin

ferme don ta goule !

22 mars 2018 § Poster un commentaire

Ohé ! Ferme don ta goule, disait, mon père,

quand je prenais des airs de guerre.

Et à l’époque, je dois vous dire,

que petite fille, je me terrais.

Je n’avais pas jactance facile
je n’étais pas plante volubile
ni griotte ni intello
je gardais langue sous la peau.

De la race des taiseux
placoter misé cordieux !
Nous commencions sans rien finir
manquant d’images pour bien nous dire,
manquant de soufflet et de vent
nous nous prenions les pieds dedans,
étouffions rage sous bonnet d’âne
Silence ! le vague à l’âme.

La langue, nous la mangions
cannibales nous devenions
de nos mains crasses de pecnauds
la mastiquions en tête de veau.
Ohé ferme ton bagou, gueulait mon père
d’un air bourru, rugueux comme terre
exclue d’office des lumières.

Pensées plantées dans les pâquerettes
et crucifiées sous talonnettes.
De la langue nous étions indignes
vilains canards au pays des signes,
les rimes de nos riches cœur
notre esprit gorgé de douleur
la colère qui se tramait en creux
fallait les taire chez les taiseux.

Ohé, susurrais-je à Mon oreille
n’écoute pas, suis ton conseil.
Tu es fille au pays du machisme
Tu es rustique dans un bain d’ismes
de ta voix provoque don un schisme.

Expulse le tonnerre qui fait bouillir ton sang
risque la phrase en verset truculent
lâche la garde sur ton timide accent
aime toi-même son odeur qui sent.
Ta langue de ferme, de fumier, de bétail
de sueur, de cidre et de paille
de feu et de lait qui s’émaille
d’éclats de bouse sur ton tricot de maille,
c’est avec ça que tu peux livrer bataille !

N’ai pas honte de ton bégaiement
tellement pareil à l’aboiement.
L’obstination épicrânienne
te donnera ta langue de chienne,
Cerbère et fidèle gardienne.

Nous sommes parties ma chienne et moi
elle ne mord pas, mais elle aboie.

Madame Q.A.M.S (qui aime me suive)
texte écrit dans le cadre de la manifestation
DIS-MOI DIX MOTS

au son des « violons »

13 mars 2018 § Poster un commentaire

Grands et petits Garçons, écoutez-moi, faites silence un moment, et ne prenez pas mal, que je vous en raconte une longue, moi aussi. C’est une histoire banale, d’avance je m’en excuse. Une histoire d’amour, une histoire d’amis. Une histoire d’âme d’aujourd’hui.

Il était une fois un homme, et une femme. Ils s’aimaient fort d’une amitié à nul autre pareil. Elle était petite il était grand. Il avait santé fragile, elle était résistante. Son corps était squelette, elle était vague dans ses vêtements, un peu pour garder ses courbes secrètes ; mais qu’importe le physique quand l’écume de la vie remplit la tête de gouttelettes de pensées.

Quand la bouche se gorge de mots bruts qu’on a plaisir à polir aux marées des affinités. Qu’importe quand on passe des lunes à s’écouter, chacun racontant ses petits trucs ou ses grandes croyances pour tenir le cap de l’humanité ; tout en se massant les pieds.

Il et elle, elle et lui, chahutaient le monde embarqués sur le bateau brun de la nuit. Elle et lui entrevoyaient dans l’atmosphère des ondes d’un genre nouveau, se chauffaient aux étincelles d’espoirs, ou aux flammes pragmatiques de l’âtre, avide de bûches d’acacia.

Ensemble ils se stimulaient. Ils se réconfortaient.

Ensemble, ils inventaient leur musique.

Lui préférait émettre que recevoir, c’est vrai, mais il tendait au moins une oreille. C’est avec celle-là qu’elle composait.

En tant que mâle, il avait des visées que la femelle n’avait point, c’est ce que l’on dit. Ils en jouaient de cette soi-disant différences entre les animaux mâles et les femmes civilisées, et jusqu’ici, tout allait bien. Jusqu’au soir où, le mâle, amorçant un massage de ses longs doigts habiles à provoquer des hum… de satisfaction, n’eut pas du tout la bite sage, non plus que les oreilles. Il feint de ne pas entendre que la femme, qu’il était entrain de faire sienne, malgré elle, à son corps défendant, contre son consentement, comment pourrait-on dire autrement «  « non Pierre… je ne veux pas ». » Il feint de ne pas entendre cette phrase à la forme négative dite avec délicatesse, sans crocs ni grognement, un petit caillou dans une chaussure, ou bien, était-ce un tremblement de force 7 ? Va savoir. Toujours est-il que l’histoire, vous pensez bien, ouvre sur un autre chapitre.

La femme l’avait amer. C’était son ami, certes, mais. Son nom était désormais apposé d’un éclair de rage. Ils se revirent comme si de rien n’était, ou presque. Elle n’était plus très à l’aise avec les étreintes qu’ils avaient coutume de s’offrir. Un soir, elle ravala son dépit quand il tendit les lèvres l’invitant à faire de même, pour une rencontre muqueuse à muqueuse, en un bisou de bisounours. Ce n’est tout de même pas un viol d’assigner une femme à un bisou de bisounours ! pensa-t-elle.

Elle se rappela une vieille qu’elle dut embrasser entre deux poils alors que son frère pouvait se contenter d’une poignée de main. Elle n’en était pas morte ! Elle se rappela d’autres épisodes peu ragoutant dont elle ne mourut pas non plus. Elle se rappela les femmes, dont une actrice célèbre et une féministe confirmée, qui mettaient en garde contre le risque de pudibonderie à la Molière, le retour de la censure et du vol de vautours au dessus de la vivante chair de l’élégance française. Face aux lèvres gonflées de l’homme, elle était perdue. Un bisou de bisounours reformula-t-elle, pour canaliser la pulsion à fleur de peau qui l’aurait menée à saisir le flacon d’eau de javel à défaut de bombe lacrymogène. Elle croyait encore en la langue sereine, entre êtres humains, qui s’écoutent et s’entendent. Elle était à l’affût du moment où elle pourrait verser des mots au dessus de l’abîme creusé au sein de leur paysage de confiance. Mes mots seront un pont de cordes suspendu entre nos deux rives, se disait-elle.

Un matin, la femme prit son courage à deux mains. Elle fut aidée par le seau de merde, qu’elle était entrain de vider dans le compost au coin du jardin quand l’homme vint inopinément lui rendre visite. « C’est le moment de foutre le nez dedans », lui dit le seau à l’anse métallique. Elle prit soin de se laver les mains, et de demander à l’homme s’il était disponible pour regarder un caca qui faisait mal au ventre. Il l’était. Elle ne comptait pas dire le gros mot, le mot qui tue, le mot dont les gentils garçons se défendent, le mot interdit, le mot qui tourne en ce moment au lieu social-dit la porcherie. Il ne faut pas exagérer, se disait-elle, il n’y a pas eu de violence. Il m’a violée tout en douceur. Je n’ai pas eu mal. Réservons le viol pour les scènes atroces, se disait-elle encore, convaincue comme beaucoup, que les oscars du viol reviennent aux images horriblement cinématographiques. C’est nier les dégâts collatéraux : la violence faite à sa parole. La violence faite à la valeur de sa parole. La violence faite à sa propre valeur.

La femme dit : «L’autre soir, tu m’as baisée, je ne voulais pas, je te l’ai dit, et tu l’as fait quand même, toute en douceur, mais je ne voulais pas ». Ses yeux verts légèrement maquillés indiquaient la direction de la cage d’escalier qui monte à la chambre. Elle semblait revivre la scène. Cette fois il ne fut pas sourd. Il regarda à son tour la cage d’escalier, qui s’éclaira d’un rayon de soleil passager. « Je ne me souviens plus » Quoiqu’il en soit, il n’avait plus rien tenté depuis, souligna-t-il. Il poussa le sot de merde de la pointe du pied. L’odeur l’incommodait. Et puis, continua-t-il, « tu as un problème avec ça, on en a déjà parlé ». Le « ça » restant assez énigmatique à vrai dire… Ce « ça » leur fût fatal. Pour la femme ce fût comme une âme incandescente coulée au creux de la blessure purulente. Ce qui eut pour conséquence qu’elle le sortit de son corps, le caca de mot. Court mais compact. « Ce qui s’est passé, ça s’appelle un viol ».

Troisième chapitre. L’homme se dressa comme s’il venait de réaliser qu’il était assis sur une fourmilière. Il pointa le doigt en criant « Quoi ! ». « Tu me traites de violeur !!!! ». « Personne jamais n’a osé me traiter de violeur ! ». « Dis le à tout le monde que je suis un violeur, dis-le, raconte ton bric à brac de mensonges car tu mens, ce ne sont que des merdes de mensonges! ». La réputation de l’homme prenait donc la tête, laissant en arrière le compagnonnage élaboré au cours de longues veillées brassées par l’amitié. Il ne pouvait entendre le mot diabolique et tabou. On peut comprendre. La femme avait eu le malheur de dire qu’il avait agi en toute douceur. Niant, souvenez-vous, la violence sous-jacente. Avait-elle un problème avec ça ? s’efforça-t-elle de se demander, avant de se souvenir qu’elle ne rechigna pas à écarter grand les cuisses quand elle y consentit. En réalité, elle était désolée de ne pas bander pour ce grand corps squelettique. Il massait si bien ! Elle pouvait imaginer le reste. Du reste, son carnet d’adresse d’hommes désirables, tout du moins désirés, n’était pas si rempli ! Mais la bandaison, maman, ça ne se commande pas… « Comment peut-on violer en douceur ? » repris l’homme de plus belle, postillonnant l’absurdité de l’accusation. Il n’avait pas tord. Un viol n’est jamais une douceur, même sans effusion de sang.

L’histoire se termine là. Ils sont morts l’un pour l’autre. Le jour même, la femme bouleversée, branla sa parole. Désormais j’aboierai i se dit-elle. Tant pis si ma langue de chienne est rugueuse, j’ai une chatte échaudée à défendre». À ce jour, l’histoire ne dit pas ce que l’homme tirera de l’histoire. Il a disparu. Alors, grands et petits garçons, si vous êtes toujours là, soyez remerciés. Vous comprenez, je crois, pourquoi l’histoire vous ai adressée. Non ? Parce que les femmes aujourd’hui font leur travail. Qu’il y ait des violences dans certains propos, qu’il y ait des mensonges, ouvrons les yeux, nous savons d’où ça vient. Prenons le risque. Mettons nous tous au travail. Non pas pour empêcher que nos muqueuses s’excitent, mais pour, ensemble, fondre le pus de cérumen qui macère dans les oreilles depuis trop longtemps.

Va vis deviens et renais

8 février 2018 § Poster un commentaire

Proposition d’écriture suggérée par l’activité cruciverbiste de René :

Écrire un texte avec les mots contenus dans la Grille 2 remplie au Kairn avec un petit verre de vin blanc sur glaçons :

Fille, fragmentation, grâce, légion, émancipée, émettre, dialecte, entier, ustensiles, inspiratrice, suscita, néerlandaise, héroïne, nature, etc, embarqué, gouttes, divise, serin, sait, desseins, ainsi soit-il, amen, amorce, osa, tomate, neuf, Europe, assaillant, aplatisseur, escalier, beurre.

pour René et qui veut

   Au col là-haut croassent les corbeaux,

+ à Arras plus bas s’entrelacent les badauds.

+ Fragmentation de précieuses rencontres.

+ Grâce de moments, ni pour ni contre.

+ Afflux de visites en légion débarquées

+ pour embarquer en tartine, le temps d’un quart ou d’un thé,

+ près d’assaillants récits d’héroïnes émancipées.

Merci, merci, à celle qui osa, merci merci etc

Miscellanées d’images de lignes et de colonnes,

+ meubles et mots carrés en étagères en escalier.

+ Rayons d’ustensiles, de canes déchaînées

+ servies sur subtile fondue de papier.

+ À la table des V.D, il y a les habitués

+ Va, vis deviens, et René.

Merci, merci, à celle qui osa, merci merci etc…

Bienvenu-e-s en ce lieu entier, né d’une grande inspiratrice,

+ fille d’un rêve granit, commis en terre korriganie,

+ le pays des cheveux au vent et des humeurs salines.

+ Amen ! Esprit breton qui suscita au K de Karine

+ le brillant dessein, de se l’offrir, de nous l’offrir.

Merci, merci, à celle qui osa, merci merci etc

La nature alentour est chambre magique,

+ gouttes de brumes, beurre de soleil atavique.

+ Chapeau blanc de neige posé en grand silence

+ sur la butte chaumée, que la marmotte encense.

+ Multitude de verts, de vers et de verres vivaces

+ nourris aux bulles ambrées de la bière loquace ;

+ Au bar de zinc, le soir, on s’engage et on s’en gave.

+ Ici s’amorce un lieu unique où se multiplient

+ les emprises, les surprises, et les prises.

Merci, merci, à celle qui osa, merci merci etc

—————————————————————————–

C’est à l’encaissement, seulement, que l’on divise.

—————————————————————————–

En guise d’addition, sans morale maligne,

pour caser cinq mots qui encore, rechignent,

je vous livre cette soudaine pensée :

«  Le prêtre sait émettre des jugements peureux

sachons pour notre part, émettre des jeux vœux.

Donnons aux rêves, réalité

qu’ils soient serins,

araignées, ou chimpanzés

qu’importe !

Rendons visible leur vif corps innervé.

Sachons partager les porteuses questions

Qui mènent, sûr, aux saines transgressions.

Laissons aux politiciens les fades tomates

en lieu de plainte, bâtissons des stylobates.

À l’heure d’un territoire Europe, aplatisseur de relief

concoctons de serpentins rhizomes soubassement d’une Nef. 

Ainsi soit-il….»

Pourboire : une néerlandaise :

langue fabriquée de sonnants dialectes

qui illustre à merveille ce pot de rimes peu sélectes.

Par ailleurs, néerlandaise, contient landaise.

Peut-être le nom tout neuf d’une prochaine tartine

Balaise !

https://www.lekairn.fr/

allant vers à l’envers

31 janvier 2018 § Poster un commentaire

Avec celle là, je serai toujours là, le matin, pour lui mettre la chaleur de ma main au cul, avant qu’elle y passe. C’est ce que je me disais. Elle rumine dans la noirceur, au service wagon nuit de la nouvelle compagnie, sous la lumière électrique du train qui abat les barrières, et remplit les oreilles d’alarmes. Elle enchaîne les va et vient entre ici là-bas ici. Depuis le temps, elle en a traversé des villes et des champs dans la nuit. Elle en a bipé des puces, elle en a calmé des énervés du voyage qui voudraient être arrivés avant d’être partis. Elle en a le jarret qui tremble quand elle pose pied à terre, ça se voit ces choses là, ça se cache pas sous la robe.

Chaque jour chaque nuit, elle rentre à l’aube. La litière est chaude par mon poil, par mes humeurs, par mon flanc gauche, – je couche sur le côté, pas besoin de me tourner quand elle débarque. Elle colle son museau à mes mamelles comme prête à téter. C’est le monde inversé. Heureusement, j’ai la main et l’esprit large. Ma Blonde d’Aquitaine, c’est la croupe qu’elle a large, mais le chignon étroit. Elle n’est pas bête, mais faut dire qu’elle a été engraissée à de la bouillie de tourteau, elle triture sa colère sans avoir la musculature pour l’encorner, comme moi je fais. Sans doute que je voulais pas d’un petit animal rusé ou pire, d’une chienne, d’une louve, qui défend son bout de gras avec ses crocs. Ma blonde, c’est un bon choix. Elle est docile, elle a un bon appétit sans exigence, une belle carcasse sans excès de gras, tendre et goutue, je vous raconte pas, et elle a un petit caractère quand même. Ça fait son charme.

Je veille sur elle. C’est dessiné dans le creux de mon poitrail, là, quand elle s’y endort abattue par la nuit. C’est là que je suis grand seigneur. Je ne la monte pas tout de suite. On s’est pas accouplé depuis la veille, mais c’est pas une raison. Avant, elle n’en pouvait tellement plus, qu’elle me donnait des coups de tête quand je commençais à la caresser. Plus maintenant, on s’est apprivoisé. Elle est aux aguets, elle attend mes caresses. Ça lui fait du bien. Mes petites tapes sur le cul, mes doigts dans sa bouche qu’elle tête pour de bon… hum… elle sait y faire la gamine. Mon machin prend la bonne consistance en deux coups de langue. On est prêt pour la saillie et pour les cris qu’on a à peine commencé. Parfois, j’ai essayé de rester dedans- j’ai un bon coup de rein, pour que ça nous dure plus longtemps ; mais j’ai du flair pour sentir quand ça va pas à côté. Ma blonde, elle n’aimait pas. J’écourtais, c’est pas si grave. On s’arrangeait bien tous les deux.

Mais ce matin, mes poils frissonnent à l’air libre, sans la bave qui coule du coin de ses lèvres. Et je comprends pas pourquoi c’est vide, là, au creux de mon poitrail. Enculée de ta race ! Ma langue saigne. Tu veux que je te dise ma bovine, ton coup de tête d’hier au menton, il me reste en travers de la mâchoire.

retirez-vous

19 janvier 2018 § Poster un commentaire

Vous aimez les clochards

ne les nourrissez pas

ne les abreuvez pas

ne leur parlez pas

ne les regardez pas

ne leur jetez surtout pas les miettes de votre humanité

vous aimez les clochards

ne les épargnez pas

frappez les s’ils pissent, s’ils chient, s’ils se masturbent à vue

chassez les s’ils bivouaquent dans la rue

brulez les quand ils dorment dans leur jus.

vous aimez les clochards

ne faites pas semblant

et soyez cohérents

vous fabriquez une société

qui en fabrique à la chaine

plus ou moins amochés

sur le trottoir ils se trainent

ce sont les ratés, ce sont les curseurs

du niveau de votre cruauté

si vous aimez l’être humain

allez au bout de votre geste

ou bien…

condamnez moi à l’atermoiement perpétuel

pauvrette

19 janvier 2018 § Poster un commentaire

Pauvrette, tu veux changer l’arme d’épaule, mais tu ignores que tu n’en as pas

Tu as quitté, fleur aux fusils, ton nid de guerre, mais tu ignores que tu n ‘en as pas

Ni fleurs, ni armes, ni guerre, tu es tombée sans aile, et tu ne le sais pas

Ton inconscience est un peu ta force, sinon, tu ne marcherais pas

vers un monde dont tu soupçonnes qu’il peut être différent de celui qui t’oblige

Tu aperçus dans les livres la matière modèle d’une pensée

sans réussir pleinement à en jouer, comme s’il t’était interdit de te l’approprier

Le chemin est plein de ronces qui te griffent, ta peau se perle de sang

le collier, tu crains de l’exhiber, caché sous l’épaisseur de la laine

tu le secrètes comme un pus honteux, mais tu ne le sais pas.

Le corbeau noir de ta mémoire refuse te te confier ton passé

il te protège mais te prive de ce de quoi tu es constituée

tu as quitté un monde de renoncement, aux fenêtres de bois gonflées de larmes

tu aimerais t’asseoir sur le bancs aux éclats de lumière, tu aimes ce qui brille

sous l’or et l’argent

alors tu ne comprends pas :

comment se fait-ce que tes pieds reposent sur la nacelle d’une montgolfière

dont la corde traîne sur un sol sans attache ?

tu t’évapores au dessus des cimes

et tu prends froid.

L’eau est ta ressource, tu tâches de t’y mêler, en te remplissant du flux

qui va de la montagne à l’océan. Il porte en lui une autre mémoire

il vient, il va, il se souvient, il devient, il efface

ton corps d’eau aime à s’unir à ce qui ne n’arrête pas.

Tu regardes la chienne Soumise qui souvent t’accompagne au bain

drôle de nom pour une chienne, drôle de nom pour les humains

mais ici on l’aime pour la douceur du son de son nom

qui déclenche caresses de la bête, blottie à hauteur de genou,

et qui ne l’empêche pas d’aboyer quand il y a danger.

Soumise éclabousse ta peau chair de poule

tu cries pour te réchauffer tandis qu’elle geint à côté.

Pauvre chienne elle essaie de sa langue musclée de retenir

sous la petite cascade grande comme deux mains

ce qui ne cesse et ne cessera jamais du temps de son temps

mais elle ne le sait pas.

Ta tête est comme cette chienne.

Elle cherche à en finir avec le courant vivifiant d’une rivière, qui pourtant te mènerait à l’océan

mais tu sais à peine nager, tu as mis du temps à l’accepter

Combien de tasses encore à avaler avant de te noyer, ou bien

avant de prendre la main amie qui, de son corps ancré sur la terre, te guidera

vers un imaginaire dont le partage te donnera une prise.

Où suis-je ?

Catégorie Journal sur STYLOBATE.