au son des « violons »

13 mars 2018 § Poster un commentaire

Grands et petits Garçons, écoutez-moi, faites silence un moment, et ne prenez pas mal, que je vous en raconte une longue, moi aussi. C’est une histoire banale, d’avance je m’en excuse. Une histoire d’amour, une histoire d’amis. Une histoire d’âme d’aujourd’hui.

Il était une fois un homme, et une femme. Ils s’aimaient fort d’une amitié à nul autre pareil. Elle était petite il était grand. Il avait santé fragile, elle était résistante. Son corps était squelette, elle était vague dans ses vêtements, un peu pour garder ses courbes secrètes ; mais qu’importe le physique quand l’écume de la vie remplit la tête de gouttelettes de pensées.

Quand la bouche se gorge de mots bruts qu’on a plaisir à polir aux marées des affinités. Qu’importe quand on passe des lunes à s’écouter, chacun racontant ses petits trucs ou ses grandes croyances pour tenir le cap de l’humanité ; tout en se massant les pieds.

Il et elle, elle et lui, chahutaient le monde embarqués sur le bateau brun de la nuit. Elle et lui entrevoyaient dans l’atmosphère des ondes d’un genre nouveau, se chauffaient aux étincelles d’espoirs, ou aux flammes pragmatiques de l’âtre, avide de bûches d’acacia.

Ensemble ils se stimulaient. Ils se réconfortaient.

Ensemble, ils inventaient leur musique.

Lui préférait émettre que recevoir, c’est vrai, mais il tendait au moins une oreille. C’est avec celle-là qu’elle composait.

En tant que mâle, il avait des visées que la femelle n’avait point, c’est ce que l’on dit. Ils en jouaient de cette soi-disant différences entre les animaux mâles et les femmes civilisées, et jusqu’ici, tout allait bien. Jusqu’au soir où, le mâle, amorçant un massage de ses longs doigts habiles à provoquer des hum… de satisfaction, n’eut pas du tout la bite sage, non plus que les oreilles. Il feint de ne pas entendre que la femme, qu’il était entrain de faire sienne, malgré elle, à son corps défendant, contre son consentement, comment pourrait-on dire autrement «  « non Pierre… je ne veux pas ». » Il feint de ne pas entendre cette phrase à la forme négative dite avec délicatesse, sans crocs ni grognement, un petit caillou dans une chaussure, ou bien, était-ce un tremblement de force 7 ? Va savoir. Toujours est-il que l’histoire, vous pensez bien, ouvre sur un autre chapitre.

La femme l’avait amer. C’était son ami, certes, mais. Son nom était désormais apposé d’un éclair de rage. Ils se revirent comme si de rien n’était, ou presque. Elle n’était plus très à l’aise avec les étreintes qu’ils avaient coutume de s’offrir. Un soir, elle ravala son dépit quand il tendit les lèvres l’invitant à faire de même, pour une rencontre muqueuse à muqueuse, en un bisou de bisounours. Ce n’est tout de même pas un viol d’assigner une femme à un bisou de bisounours ! pensa-t-elle.

Elle se rappela une vieille qu’elle dut embrasser entre deux poils alors que son frère pouvait se contenter d’une poignée de main. Elle n’en était pas morte ! Elle se rappela d’autres épisodes peu ragoutant dont elle ne mourut pas non plus. Elle se rappela les femmes, dont une actrice célèbre et une féministe confirmée, qui mettaient en garde contre le risque de pudibonderie à la Molière, le retour de la censure et du vol de vautours au dessus de la vivante chair de l’élégance française. Face aux lèvres gonflées de l’homme, elle était perdue. Un bisou de bisounours reformula-t-elle, pour canaliser la pulsion à fleur de peau qui l’aurait menée à saisir le flacon d’eau de javel à défaut de bombe lacrymogène. Elle croyait encore en la langue sereine, entre êtres humains, qui s’écoutent et s’entendent. Elle était à l’affût du moment où elle pourrait verser des mots au dessus de l’abîme creusé au sein de leur paysage de confiance. Mes mots seront un pont de cordes suspendu entre nos deux rives, se disait-elle.

Un matin, la femme prit son courage à deux mains. Elle fut aidée par le seau de merde, qu’elle était entrain de vider dans le compost au coin du jardin quand l’homme vint inopinément lui rendre visite. « C’est le moment de foutre le nez dedans », lui dit le seau à l’anse métallique. Elle prit soin de se laver les mains, et de demander à l’homme s’il était disponible pour regarder un caca qui faisait mal au ventre. Il l’était. Elle ne comptait pas dire le gros mot, le mot qui tue, le mot dont les gentils garçons se défendent, le mot interdit, le mot qui tourne en ce moment au lieu social-dit la porcherie. Il ne faut pas exagérer, se disait-elle, il n’y a pas eu de violence. Il m’a violée tout en douceur. Je n’ai pas eu mal. Réservons le viol pour les scènes atroces, se disait-elle encore, convaincue comme beaucoup, que les oscars du viol reviennent aux images horriblement cinématographiques. C’est nier les dégâts collatéraux : la violence faite à sa parole. La violence faite à la valeur de sa parole. La violence faite à sa propre valeur.

La femme dit : «L’autre soir, tu m’as baisée, je ne voulais pas, je te l’ai dit, et tu l’as fait quand même, toute en douceur, mais je ne voulais pas ». Ses yeux verts légèrement maquillés indiquaient la direction de la cage d’escalier qui monte à la chambre. Elle semblait revivre la scène. Cette fois il ne fut pas sourd. Il regarda à son tour la cage d’escalier, qui s’éclaira d’un rayon de soleil passager. « Je ne me souviens plus » Quoiqu’il en soit, il n’avait plus rien tenté depuis, souligna-t-il. Il poussa le sot de merde de la pointe du pied. L’odeur l’incommodait. Et puis, continua-t-il, « tu as un problème avec ça, on en a déjà parlé ». Le « ça » restant assez énigmatique à vrai dire… Ce « ça » leur fût fatal. Pour la femme ce fût comme une âme incandescente coulée au creux de la blessure purulente. Ce qui eut pour conséquence qu’elle le sortit de son corps, le caca de mot. Court mais compact. « Ce qui s’est passé, ça s’appelle un viol ».

Troisième chapitre. L’homme se dressa comme s’il venait de réaliser qu’il était assis sur une fourmilière. Il pointa le doigt en criant « Quoi ! ». « Tu me traites de violeur !!!! ». « Personne jamais n’a osé me traiter de violeur ! ». « Dis le à tout le monde que je suis un violeur, dis-le, raconte ton bric à brac de mensonges car tu mens, ce ne sont que des merdes de mensonges! ». La réputation de l’homme prenait donc la tête, laissant en arrière le compagnonnage élaboré au cours de longues veillées brassées par l’amitié. Il ne pouvait entendre le mot diabolique et tabou. On peut comprendre. La femme avait eu le malheur de dire qu’il avait agi en toute douceur. Niant, souvenez-vous, la violence sous-jacente. Avait-elle un problème avec ça ? s’efforça-t-elle de se demander, avant de se souvenir qu’elle ne rechigna pas à écarter grand les cuisses quand elle y consentit. En réalité, elle était désolée de ne pas bander pour ce grand corps squelettique. Il massait si bien ! Elle pouvait imaginer le reste. Du reste, son carnet d’adresse d’hommes désirables, tout du moins désirés, n’était pas si rempli ! Mais la bandaison, maman, ça ne se commande pas… « Comment peut-on violer en douceur ? » repris l’homme de plus belle, postillonnant l’absurdité de l’accusation. Il n’avait pas tord. Un viol n’est jamais une douceur, même sans effusion de sang.

L’histoire se termine là. Ils sont morts l’un pour l’autre. Le jour même, la femme bouleversée, branla sa parole. Désormais j’aboierai i se dit-elle. Tant pis si ma langue de chienne est rugueuse, j’ai une chatte échaudée à défendre». À ce jour, l’histoire ne dit pas ce que l’homme tirera de l’histoire. Il a disparu. Alors, grands et petits garçons, si vous êtes toujours là, soyez remerciés. Vous comprenez, je crois, pourquoi l’histoire vous ai adressée. Non ? Parce que les femmes aujourd’hui font leur travail. Qu’il y ait des violences dans certains propos, qu’il y ait des mensonges, ouvrons les yeux, nous savons d’où ça vient. Prenons le risque. Mettons nous tous au travail. Non pas pour empêcher que nos muqueuses s’excitent, mais pour, ensemble, fondre le pus de cérumen qui macère dans les oreilles depuis trop longtemps.

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