ton désir

20 septembre 2017 § Poster un commentaire

Tu veux voyager seul à travers les âges. Tu inscriras tes pas dans ceux dont la trace creuse le chemin. Il est plus tranquille de parler aux fantômes que de regarder les yeux de la femme aimée. Les fantômes ne disent que ce qu’on leur fait dire. La femme regarde. Elle ne dit rien. Sur le chemin fantasmé, puis enfin marché, mâché, craché, sué, pissé, apprivoisé, aimé; le dialogue se fait avec les éléments. L’eau versée à la face canalise la rage. La neige défie, dévie, la volonté, improvise le chemin. Les armes sont blanches. Les étoiles sont à tes pieds et engendrent le piétinement où l’enjambée. Tu seras le seul maitre à bord ralenti seulement par le dos douleur, que personne d’autre que toi ne viendra supporter. Et tu ne  t’en plains pas.

Tu rencontreras des hommes aux représentations du monde, autres. Les langues le diront. Les mots seront monnaie d’échange. Pas d’investissement, pas de transactions. Des rencontres éphémères. Tu verras peut-être, au loin, le petit point orange dont t’as parlé un ami revenu du chemin. De près le petit point orange s’avéra le vêtement d’un moine d’une contrée lointaine qui marchait avec ses pieds. Il te dira ce que tu sais déjà mais ne peux entendre dans le brouhaha des écoutes quotidiennes qui projettent l’un et l’autre, dans un passé, dans un avenir.

On est toujours le con d’un autre. Cette phrase n’aura plus de sens.

Le chemin sera aussi autoroute, hostile à l’homme. Car rien n’empêche le torrent des autoroutes de dévaler les pentes et d’abattre les arbres . Même pas ce chemin. Tu peineras là, sans espoir de changer la donne.  D’ailleurs, tu pars sans espoirs, mais curieux. Tu pars mettre ton corps où la tête refuse d’aller, souvent. 800 jours autant de nuit à emballer, déballer, monter, descendre, chuter, mouiller, sécher, pleurer pleurer de joie, crier, crier de joie, la terre, le ciel, les routes, le vert, le vent et le soleil, la pluie et la neige, l’eau et le sec, la roche et le sable, et toi, en mouvement, heureux sur le chemin.

Le commencementle milieu… l’achèvement

Trois temps

Le chemin aura été inutile si tu es le même homme au quatrième temps. Tu marches à la quête de ce que tu ne sais pas, comme l’enfant de cœur entre les rangs de l’église.

Tu penseras à la femme, à l’enfant, aux vieux. Aux vulnérables du monde. Vulnérable parmi les vulnérables. Il faut être fort parmi les forts hors du chemin. Être vulnérable et fort, c’est une autre histoire. Tu le seras. Tu parcourras deux, trois étapes en une. Tu tireras la langue au don hérité d’on ne sait quel Dieu, le don de penser, dont on ne sait que faire, nous, donc , êtres humains. Tu te priveras souvent du gîte et du couvert pour devenir fantôme parmi les fantômes. Ta graisse jaunira la neige. Tu mourras mille fois, et renaîtras autant de fois.

Tu verras le pic de la cathédrale, ta tête, encore, peut-être, goudronnée de question. Tu paniqueras, cherchant à gauche, à droite, devant, derrière, en haut, en bas, et tombant sur tes pieds condamnés à rentrer dans l’ordonnance d’un gouvernement, tu te diras :  La fin ne peut pas être que le plaisir de retrouver les siens dans le confort de doigts de soie. Tu te résigneras à échouer, comme l’écrivain se résigne à poser le point à la fin de la phrase. Sur les pierres tombales patinées, sombres par l’ombre de la façade arrogante d’Histoire, j’aimerais que tu tombes à plat ventre. Tu ne sauras jamais combien de temps, cette sortie d’existence. Et tu te relèveras dans la joie.

(…)

Tu raconteras les images. Uniquement les images. Tu partageras le reste le long de ton existence.

(…)

Il te faudra recommencer car la joie s’entretient. Recommencer, ailleurs, autrement. On ne part jamais du même point, car le point s’oublie dès qu’une phrase s’écrit.

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