MAL À LA TERRE

9 mai 2017 § Poster un commentaire

Réalisation : Jean Clermont

Mon objet est la terre, parce que je pense à la terre et les larmes ne sont pas loin.

Des larmes de colère en pensant à cette terre, mon jouet mon unique jouet,

tout en rondeur, tout en mouvement, tout en surprise, tout en rebondissement,

tout en odeur, tout en soulèvement, tout en chaleur, tout en creux dans le temps,

tout en calcaire, tout en écume, tout en feuillage, tout en humus,

tout en orage, tout en tremblement, tout en typhon, tout en avalanche,

tout en plume, tout en poil, tout en peau, aucune n’est blanche,

tout en caresse, tout en saveur, tout en infini, tout en tout petit,

tout en larme, tout en tension, tout en bulles, pas plus d’un instant.

Un fini qui recommence et nous balance et nous balance…

Que je l’aime cette terre, mon jouet, mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais par quel bout prendre, puisque de bouts elle n’en a point,

ni de poignées, ni de serrures, ni d’angles, ni de coins!

Est-ce la terre dont je parle, est-ce la vie ?

Quelle différence? Aucune pour nous autres, terriens.

On m’a donné la terre, on m’a donné la vie,

on m’a repris la terre, on m’a repris la vie.

Qu’est ce la terre, qu’est ce la vie?

Comment le dire

puisque depuis ma naissance,

les grands de ce monde, les soi-disant grands de ce monde,

le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut,

la traite la terre, la recouvre la vie, la traite la vie, la recouvre la terre,

d’insecticides, de raticides, de fongicides, et d’herbicides,

et d’homicides,

de bitume, de béton, de marbre, de sermons et de mort,

je ne la sens plus la terre, je ne la sens plus la vie.

J’arrose mon jardin de l’eau de la fontaine

et je pleure le matin d’une amère haine

de ne pouvoir lire le livre d’ « ll était une fois »

car chaque fois le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut

dans ses machines de guerre, ferraille

et je n’entends plus les oiseaux…

Mais va-t-on finir d’en finir avec la transcendance ?

Va-t-on en découdre avec l’arbre qui serre notre pensée ?

Va-t-on cesser enfin de prendre la terre pour un emballage,

avec un haut avec un bas ?

La terre est ronde, la vie est ronde,  j’en réponds.

Elle ne ressemble pas à un papier qu’on plie dans l’urne transparente.

Que je l’aime cette terre, mon jouet mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais pas quel bout prendre, puisque de bouts, elle n’en a point.

Je tourne en rond, je le sais bien,

je dis des mots, je ne dis rien,

rien de concret, tout dans l’abstrait,

des concepts de vie, des concepts de terre,

que j’aimerais traduire en une petite graine

qui percerait  par les deux bouts, qui raconterait la vie,

qui nourrirait les gens et brûlerait l’argent.

En attendant, c’est la terre qu’on brûle,

d’écobuages en pots d’échappement,

d’égos tout âge, de reniements,

de routes larges qu’on élargit,

de lunettes noires pour cacher la vie,

de cadenas, de vidéos-surveillance, de cimetières de marbre, de performances.

Je n’en peux plus de cette terre que l’on arrache de son herbe!

Moi qui ne voulais que rire et aimer,

flâner et suer,

chanter et marcher,

dormir et m’éveiller,

rencontrer…

Travailler oui, bien sûr, faire ma part de travail sans problème!

Moi qui ne voulais que tout cela,

je pleure, j’en suis désolée.

Offrez moi un mouchoir,

je ne veux plus rien avaler.

(elle se mouche)

Mais je suis là, vous me redonnez le sourire,

la force de repartir,

la confiance dans un monde

qui ne se cache pas la face,

qui regarde en face,

qui ne se marche pas sur les pieds,

qui sème des graines d’humanité,

qui rigole par contagion.

Vous êtes bien de ceux-là n’est ce pas ?

Oui désolée, puisqu’une tribune m’est offerte,

puisque l’occasion m’est donnée de parler

d’un objet de rage,

j’ai choisi de parler de cette petite grande terre

dont l’air respirable par nous est un miracle,

dont nous même sommes un miracle:

il suffit de regarder les astres !

Un seul à notre connaissance a donné la vie.

Désolée, oui, désolée de crier

que j’ai mal à la terre,

que j’ai mal à la tête,

de réaliser que ce beau jouet offert à la naissance

m’est confisqué par une poignée de racailles,

qui se le mettent là où je pense

et se permettent de faire la leçon !

Mais quelle merde ce soi-disant monde d’en haut,

quelle merde polluée même pas bonne à composter!

Et si nous continuons de nous mettre à table

et d’attendre les plats d’un air dégoûté… Sommes nous dévitalisés ?

Je pourrais continuer de me mordre le cœur,

de me mordre les lèvres, de répandre des larmes

durant des lignes et des lignes,

sans jamais en tirer, une, vers un mouvement en équilibre.

Alors je cesse en allant mêler mes larmes

au cours d’eau qui coule à mes pieds,

je pisserai dedans,

je pleurerai dedans,

noble manière de me mêler à la mémoire du monde.

À la mémoire du monde…

 

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