Femmes, je vous aime

16 janvier 2017 § Poster un commentaire

Je m’approche de la voiture, dont j’appréhende chaque fois qu’il lui soit arrivé quelque chose pendant les 6 jours de stationnement dans le grand parking gratuit proche de la gare ; et je constate une crevaison roue arrière gauche.
Bon, c’est pas le tout, va falloir remonter les manches, démonter la roue crevée et monter la roue de secours, SANS SE DÉMONTER SVP !

Il fait ni chaud ni froid, ni pluie ni soleil, ni jour ni nuit. La situation pourrait être pire. Mon atout : le temps. J’ai deux bonnes heures devant moi, ça devrait le faire, comme on dit. Vingt minutes suffisent pour démonter, monter. Vingt minutes plus tard à peu près en effet (je n’ai pas chronométré), je constate une roue arrière gauche gonflée, une voiture prête à rouler. C’est donc aussi simple que cela de changer une roue ?

Et alors ? me dis-je. D’où venait cette peur panique :

NE TE DÉMONTE PAS, SURTOUT NE TE DÉMONTE PAS !

D’où venait cette prière aux cieux comme celle d’une Marie devant la croix :

SEIGNEUR FAITES QU’ELLE RESSUSCITE OU FAITES QUE QUELQU’UN (un homme) PASSE !

D’où venait le plan de secours élaboré en quatrième vitesse :

SI JAMAIS JE N’Y ARRIVE PAS ! je reste à Pau ce soir, et… ET MERDE QUOI !

La peur panique vient de là : Changer une roue m’a été plus que changer une roue. Changer une roue m’a été un coup de force pour briser le miroir de mon éducation qui assignait aux femmes et aux hommes, des tâches qui se suivaient sans se confondre. A la limite, j’étais autorisée à poser des questions.

Me libérer de cette éducation a été un combat. M’en libérer m’a été possible en partie grâce à l’héritage de 68. Merci. M’en libérer m’a été nécessaire dans un monde vendu comme celui de tous les possibles, pour tout le monde, quelque soit son sexe, son âge, sa religion, son pays d’origine, ses ressources économiques, son accent, la couleur de sa peau, ses vêtements, sa taille, la couleur de ses cheveux, la marque de ses chaussures, etc etc etc

Je m’en suis libérée, mais il me reste quelques petits ressorts…

Et la génération d’après ?

Ma fille , majeure et vaccinée, à l’écoute de mon anecdote, me dit : « Et tu as réussi à changer la roue toute seule ! Ton garagiste à dû être épaté ».

Oui aujourd’hui, cela semble encore un exploit, pour une femme, de changer une roue crevée. Donc, c’est encore une catastrophe, pour une femme, de crever. Donc, Femmes, ne crevez pas !

photo : spam

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