manger et parler en conscience

12 avril 2016 § Poster un commentaire

je ne prends pas assez souvent le temps de manger en conscience, et je n’en suis pas fière. Aussi, quand un convive me le rappelle en commentant de quelques mots la première bouchée de son mets; en disant par exemple « c’est étonnant, on ne sent pas du tout le goût du porc », ou bien « je ne reconnais pas le fort goût sucré. Je me demande si ce n’est pas une sauce qui est là pour cacher l’absence de saveur du reste… », je suis d’abord froissée. Sans le savoir, il me signifie qu’encore une fois, j’engouffre sans faire gaffe comme pour combler un trou qui ne se place sans doute pas à l’estomac. Dans un deuxième temps, je le remercie intérieurement, puisque je profite de lui pour sortir de mon trou et pour me préoccuper de ce que je suis entrain de manger. Et je me mets à essayer de lire ce que j’ai en bouche, avec la même attention que je porte à la valeur des mots en phrases.

j’aimerais que les personnes avec qui s’engage une conversation adoptent la même démarche. Avec celles qui se méfient des mots, qui ne les osent pas, généralement, ça se passe bien. Nous ne parlons pas plus qu’il ne faut, mais nous partageons de beaux silences. Avec celles qui ont la passion des mots, c’est riche aussi. Et reposant. Je jouis du bonheur d’écouter. Celles qui m’agacent sont celles qui m’envoient balader, moi et mes mots, en me traitant d’intello (facile), en me soulignant que c’est normal que je m’y intéresse, c’est mon métier mais c’est pas le métier de tout le monde, aussi, cause toujours tu m’intéresses. À tord peut-être, je crois que oui, ça les intéresse. Et lorsquei je questionne les mots qu’on emploie ensemble, je leur rappelle qu’elles ne prennent ni le temps, ni la peine de les goûter, de noter leur saveur ou leur absence de saveur. Au fond, si elles sentent le besoin de me mettre à distance, c’est qu’elles soupçonnent que les mots ont, ou non pas de saveurs, et que si on commence à y prêter attention… attention ! Alors, souvent, ça se passe mal. L’échange devient un conflit de territoire. On devient aussi con l’un que l’autre. Chute décevante vers les mots tout fait qui amènent à prendre position pour le oui ou pour le non. On reproduit un débat miniature. Et quand il y a à dé-battre, c’est qu’il y a eu à se battre. Donc on se met à se battre pour justifier le débat. Il ne me viendrait pas à l’idée de battre mon convive parce qu’il trouve douteux le ravioli pékinois que j’ai acheté et que j’aime manger, par habitude

écrit dans le RER qui m’amène à mon atelier d’écriture de Bondoufle, entre deux raviolis pékinois achetés préalablement pour le trajet, comme chaque fois

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gracias al sol

gracias a la tierra

y gracias a las personas que prepararon esta comida

et merci à l’ami qui m’a transmis ce benedicite laïque que je ne manque pas de réciter comme un poème avant de savourer, ou pas, ce que j’ai dans l’assiette

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