toubab

7 avril 2016 § Poster un commentaire

exercice, première partie

Nous avons quitté Tobor lorsque le soleil ne tapait pas encore trop fort sur le goudron. Un taxi-brousse, le 7 places ils disent, s’est arrêté après une demi-heure d’attente. Il traverse maintenant la Casamance (le fleuve). Il laisse donc derrière nous, Tobor, et le goudron et les bolongs, vastes étendues de marécages d’argile ponctuées de roseaux et de hérons blancs. Pour rappel, le fleuve prend sa source des centaines de kilomètres à l’est, au levant, ils disent, près de Fafacourou. Il se jette des centaines de kilomètres à l’ouest dans l’Atlantique, le même qui borde les côtes françaises. Il est une précieuse route maritime pour le Aline Siloe Diatta, qui transporte touristes, commerçants, habitants de Casamance exilés à Dakar. Nous le surplombons sur 640 mètres, grâce à la récente remise en état du pont Emile Badiane ;

Nous entrons donc dans la ville de Zinguinchor après une halte à la douane, dès fois que le véhicule de tôle approximative camouflerait un marché illicite transitant par la Gambie plus au nord. L’odeur de poissons vendus à même le sol d’un coup balaie celle du beurre de karité et du carburant. « C’est ici que nous descendons ? ». Non, répond Fissa Molo.

On continue jusqu’au garage, gare routière encombrée de vendeurs à l’étalage. Fissa n’est pas bavard, mais son silence jusque là était serein. Nous amorçons la descente du 7 places, Fissa est le premier à mettre pied à terre. Il a voyagé debout sur le marche-pied en se tenant à l’encadrement des portes arrières entre-ouvertes, le nez en conversation avec un bout de caoutchouc. J’étais au premier rang, je descends la dernière. Entre nous une vingtaine d’hommes, femmes et enfants en tissus colorés ou en survêtements tee-shirts avec des inscriptions et marques sans importance.

EXERCICE DEUXIÈME PARTIE

Fissa m’attrape la main qu’il ne lâchera plus au cours des deux heures que nous passerons au marché Saint-Maur, nom au relent de colonies justifié aujourd’hui encore par un gentil jumelage. Se montrer avec une toubab, une louloume, une oreilles rouges (comme le pieds est noirs), le met en panique. Il me serre la main, réduit l’espace entre nos corps. Nous pénétrons dans le souk autant que le souk nous pénètre cependant que les prédateurs, ses frères, affûtent leurs discours. NOUS NE VOULONS ACHETER QUE DES LEGUMES PAS LA PEINE DE NOUS HARCELER, LA TOUBAB NE VIENT PAS DU CLUB MED, ELLE SEMBLE VENIR POUR AUTRE CHOSE !

Il me protège, me traîne, me tire, m’accélère, me freine, me dirige, me réprimande, me menotte, car rien à faire. Ils l’exaspèrent, il m’exaspère, il m’emprisonne, m’exagère, m’engueule, m’attise, me hait. Ok mec ! Toi et tes frères, vos rejouez le drame. Vous éveillez le monstre qui sommeille dans un repli de notre Histoire. Le mythe de l’occidental(e) en Afrique plein de frics pour payer, payer, payer. Il me faut jouer ?

Jouons. Je vais vous bouffer comme l’ont fait mes ancêtres. Je vais te bouffer, toi, trop beau gosse pour être nègre. Je lutte pour ne pas mettre des guillemets. Ta main devient la mienne. Ta main ambiguë ni blanche ni noire, aux ongles limés courts, aux doigts de prince imbu, aux gestes impunément délicats. Ta main d’os et de chair d’esclave, peau rêche, sèche, qui préserve en dedans la tendresse pour tes femmes de brousse, ta main mérite la braise. Ta main, ma main. Ma main de bébé, rose, chaude et moite, sent le lait, un poil innocent, ongles blancs de race légitime, ta main est faite pour servir la mienne. Ta main, de ma petite main, mine de rien, je la serre, la broie, tu le sens ? la soigne, la flatte, la blâme, la fouette, la baise, la réduit, l’extermine, la pleure, l’abandonne, la jette.

Ceci n’est pas mon corps mais un texte initié dans un atelier d’écriture titré Fragments d’eros. Il répond à une proposition habilement construite où l’on passe d’une déambulation dans un paysage de noms propres à un émoi érotique provoqué par une partie du corps préalablement érotisée sous forme de blason. J’ai voulu me prêter à l’exercice jusqu’au bout, pour vivre l’expérience par l’écriture d’actions et de pensées difficiles à éprouver, cependant, présentes, quelque part, dans l’inconscient collectif et à l’aéroport.

P1020460


la boîte, le vol, ça boîte à Dakar, ligne de fuite, le thé, miroir miroir, la main sur la joue, la boîte avec les enfants, arrachement/attachement, premiers mots, à la lame du rasoir, croyance, écoute, (vous êtes ici), la boîte avec sagar, retours, gie, une gazelle à la mer

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