une gazelle à la mer

16 mars 2016 § Poster un commentaire

Sur le bateau du retour, le Aline Siloe Diatta, j’ai jeté une gazelle à la mer. Je devais rentrer en taxi-brousse mais une augmentation de taxe de 500 pour 100, au bac géré par la Gambie, doublait presque le nombre d’heures tassée au chaud sous la tôle le cul dans les ornières, et aussi le nombre de billets de 1000. Quelle est la raison politiquo-économique qui a motivé toutes ces augmentations ? Je ne me suis pas encore penchée sur la question. Je me suis penchée sur mon porte-monnaie, sur l’état de mon dos, et me suis retrouvée appuyée au bastingage du bateau, d’où j’ai jeté la gazelle. La gazelle c’est le nom de la bière sénégalaise.

j’ai pris une sale habitude, me suis-je dit. Jeter les papiers, paquets de cigarettes, écorces d’orange, vieilles bouilloires en plastique, bouts de tissus colorés, clous tordus, clous rouillés, clous cassés, clous sans tête, clous inutilisables, clous de girofle, cous de girafe, pièces métalliques mécaniques, semelles de tong où dessus de baskets, coques de pain de singes, piles de transistor, fils de fer, tee-shirt en lambeaux, tas de riz tentant pour tas de rats tentés et chiens errants… est un geste banal. Il faut dire que les camions poubelles verts jaunes blancs, ne passent pas tous les jours. Peut-être que tous les employés des entreprises de traitement de déchets travaillent au cul des camions occidentaux. Bref. J’ai jeté la bouteille, je le confesse, en un geste désinvolte. Sans même y rouler une missive. Vous ne devriez pas, me dit le voisin de bastingage. Il avait raison. Même si le verre se recycle. Vous ne devriez pas jeter une gazelle à la mer. Elle va se noyer. C’est à terre qu’il faut la lâcher et suivre le mouvement de sa colonne flexible, courir, bondir, respirer et se reposer aux heures chaudes à l’ombre des fromagers. La gazelle va et voit loin, c’est gâchis de l’ensevelir comme un corps sans vie

ma gazelle est au fond de la mer, muette et sans bulle, s’envasant parmi les vivants de l’océan. Je suis sur terre recueillant poussière de sable en suspends dans le filet des phrases. Je passe par les villages.


la boîte, le vol, ça boîte à Dakar, ligne de fuite, le thé, miroir miroir, la main sur la joue, la boîte avec les enfants, arrachement/attachement, premiers mots, à la lame du rasoir, croyance, écoute, toubab, la boîte avec sagar, retours, gie, (vous êtes ici)



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