CIMES TERRE SERA LE TITRE

13 janvier 2016 § Poster un commentaire

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sur le bureau de la secrétaire de mairie, le gros classeur « CIMETIÈRE, classement par ordre alphabétique » est en vue à main gauche. Je tais mes questions. Je n’ose pas. J’ai peur quelles soient interprétées. La liste pourrait-être celle-là :  avez-vous des archives sur l’écroulement du mur du cimetière qui mis à nu plusieurs tombes ? Quelle place occupe le cimetière en votre mairie, en terme de temps, d’énergie, de sous, de charge intellectuelle et sensible ? Ce matin j’ai vu le cantonnier relever les pots de fleurs tombés par le vent de la nuit, s’accroupir au niveau d’une tombe pour y déceler une potentielle fissure (?), est-ce inscrit dans son travail de veiller à relever les pots, désherber, faire le tour des tombes mal en point ? Les habitants viennent-ils vous voir pour des interrogations, des demandes, liées aux cimetières ? Comment se décide l’esthétique du cimetière ? quelle est l’économie d’un cimetière ?

je n’ose pas car je fouille là où la non-compréhension de l’intention peut éveiller la méfiance. Il est vrai j’ai longtemps fouillé contre; ou pour confirmer un à priori. Ici je fouille avec (respect notamment). Je ne cherche à rien démontrer, rien changer. Je n’ai aucune révolte au sujet des cimetières. Des questions oui. Ici, je prends le temps de recevoir avant de savoir. Le désir de vivre une expérience avec le cimetière est, je crois, lié à un besoin plus ou moins conscient d’apprivoiser des morts plurielles

la mort telle que reflétée dans l’organisation des allées, des tombes, etc

la mort telle « qu’entretenue » par les vivants sur la tombe de leur ancêtre

la mort qui ne peut être que concept, qui ne peut pas être expérience

la mort d’un point de vue du vivant, puisque le corps continue à vivre lorsqu’il se décompose

Après deux visites de cimetières,  apparaît une beauté dans une rose de porcelaine ébréchée. Apparaît une plaisante ironie dans le geste de la femme qui passe la serpillière sur « sa » tombe sans y poser le pieds sans doute par respect (et superstition?) et qui pose le seau d’eau salie sur la tombe d’à côté. Apparaît une tristesse dans la tombe monumentale et suffisante d’un maire, occupant trois bonnes places. Aucune fleur comme si le nom, le volume, la quantité de marbre ne supportaient pas ce qui deviendrait une mièvrerie fleurie. A moins que le maire n’ait laissé personne dernière lui….

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Apparaît une incohérence dans la suppression potentielle de tombes abandonnées (rouille, fêlure, nudité) à la vue de l’enluminure artificielle de rouille qui borde les mots du livre de faïence que j’ai lu et relis. La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté, texte que l’on retrouve sur la tombe d’inconnus comme sur la tombe de son père. Texte fréquemment lu lors d’obsèques. Il est attribué à Charles Péguy, d’après Saint Augustin (354-430). Il serait en fait un sermon sur la mort, prononcé par le chanoine irlandais Henry Scott-Holland (1847-1918) à St Paul’s Cathedral en 1910

Apparaît un Roger nommé par erreur Robert. Le palimpseste de Roger est toujours visible. Le b et le t ne se sont pas complètement effacés, alors je vois Wolinski écrit avec un Y et je pense à la famille de Roger, à la panique, aux larmes, aux rires (?) à l’étonnement (figurez vous, sur son acte de naissance c’est écrit Roger et moi qui l’ai toujours appelé Robert ! Maintenant que j’y pense, il ne répondait pas tout de suite, jamais. Comme s’il n’était jamais sûr que je m’adressais à lui)

Apparaissent des couronnes de perles. Hasard malencontreux, elles honorent le quartier des tombes montrant des « signes d’abandon ». Les perles (petites comme les billes de cartouches d’encre) ne sont pas rondes. Elles sont une infime fraction d’un tuyau de 5 millimètres de diamètre. Elles sont blanches, elles sont noires. PÈRE est à l’endroit, son R est fané. MAMAN est à l’envers, les deux pieds de son M ne sont plus sur le même plan . On pourrait lire PÈRE A MAL… ce même bricolage de fil de fer et tuyau saucissonné se retrouve sur les anciens abat-jours des vieilles maisons enclines à la lumière artificielle au profit du chaud

Mon voyage s’appellera CIMES TERRE

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