la belle équipe la mauvaise époque

25 novembre 2015 § Poster un commentaire

j’avais mis du temps à trouver « mon » café où le matin, j’aimais écrire. C’était celui-là qui m’avait accueillie. La Belle équipe du bout de ma rue. J’ai assisté aux premiers pas d’un jeune serveur, maladroit avec la caisse, maladroit avec le plateau rond en équilibre sur le plat de la main, maladroit pour passer la porte vitrée qui mène de l’intérieur à la terrasse. Parfois, le café me parvenait dans la soucoupe. Puis, de jour en jour, il avait pris de l’aisance. Et j’aimais quand le matin il m’apportait mon café facile sans que j’ai besoin de rien demander.

Quand le drame est arrivé, j’étais dans les Hautes-Pyrénées. Des amis ont entendu « Richard Lenoir ». J’habite la rue, mais de loin, la rue et le boulevard, on ne fait pas la différence. Moi, j’ai entendu « la belle équipe » qu’un ami, de loin, nommait « la belle époque ». Les jours qui ont suivi, on m’a raconté les fleurs déposées à la terrasse. On m’a raconté les bougies. On m’a dit le recueillement. J’ai pensé cimetière. J’ai « oublié » de regarder les images sur le net. De retour à Paris, j’ai « oublié » de faire les 100 mètres qui m’en séparent…

Hier, je suis retournée à la Belle équipe après un grand détour dans les rues, avenues, boulevards du XIième. Je voulais croire, sans y croire, que j’allais pouvoir y boire mon café. Le mot d’ordre qui de loin, m’agaçait : il faut continuer de sortir, continuer de consommer, continuer comme si… comme si nous n’étions pas capables d’autre chose, moi aussi… moi aussi j’aurais aimé m’asseoir à la même table, effacer, nier ? Non. Je crois qu’il s’agit d’autre chose…

C’est trop. Trop violent. Il y a plus de fleurs, de mots, de bougies que dans le cimetière du village d’où je viens. Considérer ce trop m’est impossible aujourd’hui. Et impossible aussi de décomposer. D’appréhender petit à petit. Obligation de prendre en bloc. Impossible de prendre le temps d’être traversée, petit à petit. Accueillir le drame. C’est dans la rue, à une intersection, c’est sous la pluie, derrière la barrière. Les feux passent au vert, les voitures accélèrent. C’est à tout le monde, c’est l’espace public, est-ce la chose de personne ?

J’écris chez moi, seule, face à l’écran. Je sais la présence, pas très loin dans mon dos, de la terrasse fleurie. C’est au bout de ma rue. Ce qui est impossible, pour moi aujourd’hui, c’est de vivre le deuil collectif quand le vivant collectif est trop mis à mal.

Si on continuait de vivre autrement. En prenant soin de notre vivant. Que ce soit chez nous, dans la cage d’escalier, dans le métro, sur le trottoir, à la boulangerie, au théâtre, ou au restaurant. Cessons de consommer justement… « et le monde entier se recompose dans cette attente qui ne désigne pas l’arrivée de la viande »

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photo : porteurdevent@gmail.com

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2015/11/17/012-proprietaire-belle-equipe-ebtrevue-exclusive-emission-24-60.shtml

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