Elles en chambres de Juliette Mezenc, deuxième lecture dans le train

23 novembre 2015 § Poster un commentaire

le train est sur les rails, plus qu’à dormir, à laisser venir, destination  Paris.

finies vaches qui ruminent loin des trains dans les prairies, adieu garde-boeuf blancs, gelée d’herbes matinales, adieu Gertrude

le train est sur les rails

bientôt Bordeaux bientôt paris

sans titre-005

photo : porteurdevent@gmail.com

je n’ai rien vu à paris,

des attentats, je n’y étais pas

drôle de réalité qui nécessite, pour exister, d’être intellectualisée

d’où vient la nécessité de voir, d’y être, pour considérer, se sentir concerné ?

dans le train je relie

le livre de celle que je ne connaissais pas

je n’avais pas visité beaucoup de chambres. Je n’avais pas dû frapper assez fort. j’étais restée sur le paillasson, la pointe du sabot en frottement sur la marge, petite arène silencieuse. c’est comme s’il n’y avait eu personne de l’autre côté. je n’avais pas entendu. je n’avais pas senti. toc toc toc ? bof. à quoi bon ? je reviendrai, m’étais-je dit, même si, par correction, j’eusse préféré l’avoir lue, avant. 

peut-être après un verre de rouge, ou, après la rencontre au Square, après le Baluchon de Lourdes. peut-être après le corps et le visage de celle qui a écrit ? m’étais-je dit.

je reviendrai mais je me débrouillerai autrement. je sens que je vais très bien m’en sortir avec la chenille qui est un être lent aussi, avec quelque chose de vivénigmatique dans l’allure aussi, la chenille peut très bien, oui, la chenille peut tout aussi bien jouer le rôle de la vache.

j’en suis là (p. 69 de Elles en chambre), à lire, en mangeant une pomme, et la voir sourire en disant cela, car je connais désormais son sourire, sa manière de lire, en retrait, en douceur. Je l’entends. J’entends sa voix, je vois son sourire vivénigmatique. Je vais continuer la lecture, bien sûr, bien vite, avant que la plaque d’acier ne tombe sur ma tête après le tunnel, mais là, je fais une pause, parce qu’entendre son lire rire me donne l’irrésistible envie de dire.
Il y a les vivants et les morts (ici, parmi les auteurs mais ce n’est pas exclusif). Les morts, c’est trop tard, je ne verrai pas, je ne sentirai pas, je ne vivrai pas le visage de leur corps, alors, tendre l’oreille pour entendre la voix percer l’invisible. mais les vivants, bien vivants, c’est con, je crois bien que je les lis mieux, quand j’ai vérifié qu’ils étaient des humains, mus par des préoccupations de coeur.


quel lien entre les attentats que je n’ai pas vu, et l’auteure que j’ai vue ?
Je ne sais pas mais je relie.  même méfiance de tout ce qui ne relève pas de l’expérience dans mon corps. méfiance de la récupération, de la course vers la production, du faire parce qu’on peut faire, sans plus de question. Plus qu’avant encore, besoin de l’odeur, du sourire, de la voix, du temps partagé, d’une présence ensemble, pour toucher l’altérité.

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