déchronologique # 5

3 mars 2015 § Poster un commentaire

rappel des épisodes précédents : la narratrice vient d’une famille de chasseur va dans une famille de chasseur. le nom du village du chasseur dont elle est tombée amoureuse : la Tombe, sonne comme un frisson dans un buisson au milieu d’une battue. la narratrice se demande si elle ne se condamne pas à intégrer une société anthropologiquement semblable à celle qu’elle a fuie. quelles en sont les caractéristiques ? pourquoi l’a-t-elle fuie ? quelle est cette force magnétique ?

dans la cuisine, il y a la photo d’andré avec un chevreuil mort. il ne tient pas la tête relevée alors que dans son enfance, elle se souvient : « les hommes, mon père et les autres, revenaient couverts de sang. les oiseaux, le butin à leurs pieds, des lièvres, des perdrix et quelque fois un chevreuil et là c’était l’euphorie. ils tenaient la tête relevée dans leurs doigts. ». andré la laisse pendouiller, la tête, dans le vide et il sourit. andré est un bel homme. un vieux qui devrait être à la retraite mais qui n’en finit pas de finir sa « carrière » de paysan. il drague toutes les femmes. il lui dit « avant de mourir, j’aimerais voir une femme nue ». elle n’en revient pas, elle dit « quoi ? » c’est bien ça, il répète, exactement la même phrase, la même intonation, pareil, une femme nue. elle ne sait pas comment prendre la chose. c’est un chasseur andré, là il est en civil, ça ne se voit pas, mais il ne faut pas oublier que c’est un chasseur, la photo avec le chevreuil c’est lui. c’est un chasseur agriculteur, un historique du village, attention pas d’épanchement. elle oublie trop souvent ces choses là, elle oublie à qui elle parle, elle fait comme-ci les terres de rencontre étaient vierges prêtes à accueillir les semences de l’instant. alors que, elle se le dit se le répète jusqu’à la faire sienne : tout est écrit d’avance. chacun à sa place avec la meilleure façon de marcher qui va avec. il a beau être doux tendre aux yeux clairs, elle ne doit pas laisser fuir ses yeux humides de regrets, elle ne doit pas laisser faire, stop, ne pas accueillir la confiance d’un homme ébranlé par quelqu’un qui l’écoute et lui tend un autre miroir que celui tacheté rouillé du matin où l’on ne se reconnaît plus à force d’habitude. mais il la touche en son coeur poétique, bordel ! elle ne peut pas le condamner. on lui a dit pourtant, on lui a dit qu’il faisait le coup avec toutes les filles. mais rien à faire. elle me dit « moi, je veux bien lui offrir ce cadeau. je pose nue pour des peintres. sur le drap blanc, j’offre mon corps au sacrifice des crayons. quand ça gratte sur le papier, c’est un peu sur ma peau. je reste longtemps sur le drap blanc. je suis tenue par les regards. le moindre courant d’air, je le perçois. parfois, je m’amuse à penser à des choses tristes, jusqu’à pleurer sans larmes pour voir si ça se voit à l’extérieur. je dois bouger l’intérieur, détendre les muscles, répartir les forces, ajuster les pièces du squelette, sans bouger l’extérieur, ou le moins possible. l’extérieur bouge toujours malgré moi. les peintres savent que le corps bouge le temps de la pose. ça s’affaisse, ça lâche, ça s’incline, ça prend la forme que ça doit prendre au cours du temps, ça vieillit, ça vit. c’est cette vie qu’ils traquent. la peinture, le dessin, tentent de représenter le temps par le mouvement des lignes et des couleurs. c’est ce que je crois avoir compris. »

parfois elle pose devant des élèves et le prof dit : quand je regarde vos dessins, je vois que vous dessinez l’idée que vous vous faites de la femme, et non pas cette femme faite de courbe, de volume, de lumière, d’émotion. oubliez que vous dessinez une femme, ne dessinez que ce que vous voyez, et si vous ne voyez pas, ne trichez pas. vous, vous faites le contraire, quand vous ne voyez pas, vous renforcez le trait.

«  je veux bien me montrer nue, mais à condition que tu dessines ce que tu vois de moi ». andré ne veut pas. c’est une commande impossible, une mise en situation d’échec. elle ne se rend pas compte de l’impossibilité d’andré de tenir un crayon. maintenant elle se méfie. « dis-moi andré, quand tu as fait l’amour avec ta femme, elle était nue sans doute ! » andré dit : « non, elle était habillée. elle ne s’est jamais déshabillée devant moi ». elle ne veut pas le croire, c’est elle qui pleure maintenant et lui il est bien empoté de ses 10 doigts d’agriculteur formés à la traite des vaches.

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