finissez d’entrer

18 novembre 2014 § Poster un commentaire

stylobate est le nom de ce blog crée en novembre 2014, donc relativement très tardivement. il m’a fallu du temps pour comprendre que la « mode » de l’écriture numérique n’en est pas une. que l’écriture numérique correspond à une nécessité de trouver de nouveaux vecteurs de diffusion dans un monde où persister à prendre son temps, à ralentir, met en danger, si pendant ce temps, rien ne vit aux yeux de ses semblables. un blog est une sorte de chantier à ciel ouvert où les visiteurs sont les bienvenus.

je vis le blog comme un lieu de résidence d’écriture, virtuel

à droite, les pages « immuables » présentent mes « entrées » d’écriture

à gauche, l’écriture en mouvement, entassement déchronologique

au dessous, le dernier texte écrit

MAL À LA TERRE

9 mai 2017 § Poster un commentaire

Réalisation : Jean Clermont

Mon objet est la terre, parce que je pense à la terre et les larmes ne sont pas loin.

Des larmes de colère en pensant à cette terre, mon jouet mon unique jouet,

tout en rondeur, tout en mouvement, tout en surprise, tout en rebondissement,

tout en odeur, tout en soulèvement, tout en chaleur, tout en creux dans le temps,

tout en calcaire, tout en écume, tout en feuillage, tout en humus,

tout en orage, tout en tremblement, tout en typhon, tout en avalanche,

tout en plume, tout en poil, tout en peau, aucune n’est blanche,

tout en caresse, tout en saveur, tout en infini, tout en tout petit,

tout en larme, tout en tension, tout en bulles, pas plus d’un instant.

Un fini qui recommence et nous balance et nous balance…

Que je l’aime cette terre, mon jouet, mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais par quel bout prendre, puisque de bouts elle n’en a point,

ni de poignées, ni de serrures, ni d’angles, ni de coins!

Est-ce la terre dont je parle, est-ce la vie ?

Quelle différence? Aucune pour nous autres, terriens.

On m’a donné la terre, on m’a donné la vie,

on m’a repris la terre, on m’a repris la vie.

Qu’est ce la terre, qu’est ce la vie?

Comment le dire

puisque depuis ma naissance,

les grands de ce monde, les soi-disant grands de ce monde,

le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut,

la traite la terre, la recouvre la vie, la traite la vie, la recouvre la terre,

d’insecticides, de raticides, de fongicides, et d’herbicides,

et d’homicides,

de bitume, de béton, de marbre, de sermons et de mort,

je ne la sens plus la terre, je ne la sens plus la vie.

J’arrose mon jardin de l’eau de la fontaine

et je pleure le matin d’une amère haine

de ne pouvoir lire le livre d’ « ll était une fois »

car chaque fois le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut

dans ses machines de guerre, ferraille

et je n’entends plus les oiseaux…

Mais va-t-on finir d’en finir avec la transcendance ?

Va-t-on en découdre avec l’arbre qui serre notre pensée ?

Va-t-on cesser enfin de prendre la terre pour un emballage,

avec un haut avec un bas ?

La terre est ronde, la vie est ronde,  j’en réponds.

Elle ne ressemble pas à un papier qu’on plie dans l’urne transparente.

Que je l’aime cette terre, mon jouet mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais pas quel bout prendre, puisque de bouts, elle n’en a point.

Je tourne en rond, je le sais bien,

je dis des mots, je ne dis rien,

rien de concret, tout dans l’abstrait,

des concepts de vie, des concepts de terre,

que j’aimerais traduire en une petite graine

qui percerait  par les deux bouts, qui raconterait la vie,

qui nourrirait les gens et brûlerait l’argent.

En attendant, c’est la terre qu’on brûle,

d’écobuages en pots d’échappement,

d’égos tout âge, de reniements,

de routes larges qu’on élargit,

de lunettes noires pour cacher la vie,

de cadenas, de vidéos-surveillance, de cimetières de marbre, de performances.

Je n’en peux plus de cette terre que l’on arrache de son herbe!

Moi qui ne voulais que rire et aimer,

flâner et suer,

chanter et marcher,

dormir et m’éveiller,

rencontrer…

Travailler oui, bien sûr, faire ma part de travail sans problème!

Moi qui ne voulais que tout cela,

je pleure, j’en suis désolée.

Offrez moi un mouchoir,

je ne veux plus rien avaler.

(elle se mouche)

Mais je suis là, vous me redonnez le sourire,

la force de repartir,

la confiance dans un monde

qui ne se cache pas la face,

qui regarde en face,

qui ne se marche pas sur les pieds,

qui sème des graines d’humanité,

qui rigole par contagion.

Vous êtes bien de ceux-là n’est ce pas ?

Oui désolée, puisqu’une tribune m’est offerte,

puisque l’occasion m’est donnée de parler

d’un objet de rage,

j’ai choisi de parler de cette petite grande terre

dont l’air respirable par nous est un miracle,

dont nous même sommes un miracle:

il suffit de regarder les astres !

Une seule à notre connaissance a donné la vie.

Désolée, oui, désolée de crier

que j’ai mal à la terre,

que j’ai mal à la tête,

de réaliser que ce beau jouet offert à la naissance

m’est confisqué par une poignée de racailles,

qui se le mettent là où je pense

et se permettent de faire la leçon !

Mais quelle merde ce soi-disant monde d’en haut,

quelle merde polluée même pas bonne à composter!

Et nous continuons de nous mettre à table

et d’attendre les plats d’un air dégoûté… Sommes nous dévitalisés ?

Je pourrais continuer de me mordre le cœur,

de me mordre les lèvres, de répandre des larmes

durant des lignes et des lignes,

sans jamais en tirer, une, vers un mouvement en équilibre.

Alors je cesse en allant mêler mes larmes

au cours d’eau qui coule à mes pieds,

je pisserai dedans,

je pleurerai dedans,

seule manière de me mêler à la mémoire du monde.

À la mémoire du monde…

* Titre extrait de « Misères » d’Agrippa d’Aubigné…

 

perte des eaux

29 mars 2017 § Poster un commentaire

écrire, c’est peut-être accoucher

mais la perte des eaux, c’est autre chose

photo : spam

XII et XIII

29 mars 2017 § Poster un commentaire

Les XIIème et XIIIème siècles

C’est le temps des gratitudes

la sortie vers le haut

vers la lumière

avec la conscience du trop grand

dans la joie et dans la douleur

Joie d’une foi en l’homme offerte

véhiculée par la Chrétienté

Douleur de voir mise

la barre si haute !

Oubliée semble-t-il

la haine du puissant

de celui qui ordonne

et qui détient l’argent

Le monde roma(i)n n’existe plus

Plus d’ennemis plus de haines

Pourquoi alors avoir le châtre d’Abélard ?

Par qui alors ?

Qu’est-ce qu’est allé déranger le futur moine châtré ?

At-il dit d’en finir avec la gratitude

A-t-il voulu mettre le « peuple » à l’étude ?

A-t-il voulu lui offrir des outils

Pour qu’il accède à la grâce

lui aussi ?

A-t-il voulu délivrer la puissance

des coffre-forts des privilégiés ?

Tandis que les autres

étaient encore à creuser

la fuite par le bas ?

A-il voulu les sortir

de la boue de la rue

et tant pis de salir

les belles robes blanches ?

Créer des espaces

où les yeux dans les yeux

quelque soit le vêtement

on se regarde là

où on se ressemble.

photo : spam

l’homme a nommé

29 mars 2017 § Poster un commentaire

  • L’homme a nommé le lieu

  • Je ne retiens jamais le nom du lieu, ni… je ne le vois

  • Pour voir le lieu et nommer le lieu il me faut voir l’homme qui a nommé, dans le lieu qu’il a nommé.

  • L’homme serait comme un petit drapeau sur le camembert.

  • L’homme voyait ses grand-parents de sa maison quand il était petit. Il mettait la main en visière et il voyait dans le champ ses grand-parents travailler. Il faisait le lien avec le nom. Ses grand-parents étaient des petits drapeaux et les brebis étaient la prairie.

  • Si bien que lui, quand il regarde aux jumelles, il voit le champs et ses grands-parents dedans.

  • Ses grand-parents qui travaillent éternellement dans le champ. Ils délimitent l’espace, ainsi.

  • Un jour l’homme ne sera plus là pour regarder. Avec lui, partiront ses grand-parents.

  • Il me restera alors l’image de l’homme dans le champs que je saurai nommer, s’il veut bien y aller.

     

journée de la lecture

16 janvier 2017 § Poster un commentaire

Je voudrais remercier le militaire revenant de Paris le 12 janvier 2017, empruntant le même TGV que le mien, le même wagon que le mien, assis sur un siège mitoyen. Je voudrais le remercier, à l’occasion, aujourd’hui, de la journée de la lecture, de m’avoir permise de lire à voix haute deux heures de temps dans le train, ce n’est pas commun.

Tu parlais, tu parlais de ta vie, jeune militaire, et racontais à l’absente, à l’autre bout du fil, que ça y est, tu étais de nouveau apte, que tu ne t’en sortais qu’avec un avertissement, que le médecin t’avait traité d’obèse, alors qu’en réalité, c’était l’infirmière qui t’avait mal mesuré, que tu allais de nouveau pouvoir reprendre du service, et ta doudou, à l’autre bout du fil, elle serait de nouveau libre et pourrait fricoter selon son bon désir (blague), tu lui disais dans deux heures je suis là, repose toi, je passerai l’aspirateur et laverai les dernières casseroles, repose toi doudou…
Tu parlais fort, je ne parvenais plus à lire. Les phrases de mon livre restaient dans le plan de la page. Elles ne décollaient plus comme plaquées par d’autres mots. La communication entre l’auteur et moi était rompue. Ce que je fais dans ces cas là, quand je suis seule ? Je lis à voix haute. Alors, j’ai lu à voix haute…


Lire à voix haute dans un train, était une première expérience. Merci jeune militaire. Ça a été une sorte d’exercice acrobatique où il me fallait tenir ma ligne tout en étant à l’écoute de ta voix. Car je ne voulais pas couvrir ta voix. Je voulais lire tout en entendant ta voix, jeune militaire, tendre comme un oreiller douillet.  Tu as tourné la tête vers moi. Tu as écouté. Je crois que tu n’as pas cherché à comprendre ce que je lisais à voix haute, mais en revanche, je sais que ma voix ne t’a pas gênée. Tu l’as entendue, comme j’ai entendu la tienne. Tu as repris la conversation avec ta doudou, moins fort. Tu l’as quittée. Tu as écouté. Je me suis tue, quelques temps après. J’ai repris ma lecture dans ma tête.
Nous avons ainsi voyagé. Nous avons parlé ensemble,  nous nous sommes tus ensemble, chacun en lien avec son monde. Merci, jeune militaire. Je suis curieuse de savoir ce que tu dis de cette rencontre à ta doudou en ce moment.

Photo de Manoell Bouillet.

Femmes, je vous aime

16 janvier 2017 § Poster un commentaire

Je m’approche de la voiture, dont j’appréhende chaque fois qu’il lui soit arrivé quelque chose pendant les 6 jours de stationnement dans le grand parking gratuit proche de la gare ; et je constate une crevaison roue arrière gauche.
Bon, c’est pas le tout, va falloir remonter les manches, démonter la roue crevée et monter la roue de secours, SANS SE DÉMONTER SVP !

Il fait ni chaud ni froid, ni pluie ni soleil, ni jour ni nuit. La situation pourrait être pire. Mon atout : le temps. J’ai deux bonnes heures devant moi, ça devrait le faire, comme on dit. Vingt minutes suffisent pour démonter, monter. Vingt minutes plus tard à peu près en effet (je n’ai pas chronométré), je constate une roue arrière gauche gonflée, une voiture prête à rouler. C’est donc aussi simple que cela de changer une roue ?

Et alors ? me dis-je. D’où venait cette peur panique :

NE TE DÉMONTE PAS, SURTOUT NE TE DÉMONTE PAS !

D’où venait cette prière aux cieux comme celle d’une Marie devant la croix :

SEIGNEUR FAITES QU’ELLE RESSUSCITE OU FAITES QUE QUELQU’UN (un homme) PASSE !

D’où venait le plan de secours élaboré en quatrième vitesse :

SI JAMAIS JE N’Y ARRIVE PAS ! je reste à Pau ce soir, et… ET MERDE QUOI !

La peur panique vient de là : Changer une roue m’a été plus que changer une roue. Changer une roue m’a été un coup de force pour briser le miroir de mon éducation qui assignait aux femmes et aux hommes, des tâches qui se suivaient sans se confondre. A la limite, j’étais autorisée à poser des questions.

Me libérer de cette éducation a été un combat. M’en libérer m’a été possible en partie grâce à l’héritage de 68. Merci. M’en libérer m’a été nécessaire dans un monde vendu comme celui de tous les possibles, pour tout le monde, quelque soit son sexe, son âge, sa religion, son pays d’origine, ses ressources économiques, son accent, la couleur de sa peau, ses vêtements, sa taille, la couleur de ses cheveux, la marque de ses chaussures, etc etc etc

Je m’en suis libérée, mais il me reste quelques petits ressorts…

Et la génération d’après ?

Ma fille , majeure et vaccinée, à l’écoute de mon anecdote, me dit : « Et tu as réussi à changer la roue toute seule ! Ton garagiste à dû être épaté ».

Oui aujourd’hui, cela semble encore un exploit, pour une femme, de changer une roue crevée. Donc, c’est encore une catastrophe, pour une femme, de crever. Donc, Femmes, ne crevez pas !

photo : spam

photo : spam

Jean Maure est mort

3 janvier 2017 § Poster un commentaire

Texte écrit suite à une commande d’un ami entrain d’écrire un polar : https://www.facebook.com/eric.tournaire58?fref=ts.

Merci à Isabelle Réale de m’avoir procuré un personnage ainsi défini : Nom, prénom, fonction, ancienneté, signe distinctif, un besoin non assouvi. La consigne d’écriture : la mort de son personnage…

Jean Maure est encore en uniforme quand il franchit les portes coulissantes du magasin Accor. C’est moins une de 18h. Le vigile après lui, les bloque, afin que plus personne ne rentre. Jean Maure passe les tourniquet, se retourne, il est anxieux. La nuit est dense de l’autre côté de la vitre. Le réveillon de Noël est dans trois heures et il n’a pas encore trouvé Le cadeau, pour la femme de sa vie. Du moins la femme dont il aimerait que ce soit la femme de sa vie. Il voit bien dans son regard à elle qu’il ne correspond pas. Elle a beau faire des efforts, et lui aussi, il ne colle pas avec l’image du garçon que Pat attend. Jean Maure espère. Il espère qu’avec le temps, elle apprendra à l’aimer comme il l’aime. Lui non plus ne la trouve pas « parfaitement » à son goût. Elle a de grosses cuisses, et Jean Maure préfère les fines. Mais il y a tant d’autres choses plus essentielles. Ses cuisses sont devenues sa singularité. Le petit défaut qui donne le charme…

Jean Maure croit à cette histoire. Il sait que le cadeau n’a aucune faculté de faire pencher l’histoire d’amour dans un sens ou dans un autre. Mais il veut trouver LE cadeau. Pour avoir la joie de la voir s’émouvoir.

Il erre dans les rayons, de plus en plus désespéré. Le rayon cuisine est affligeant. Le rayon cosmétique est affligeant. Les fleurs sont fanées. Les lumières sont glauques. Et la musique, s’il l’entendait, terminerait de le dégoûter. Jean Maure n’entend que d’une oreille. Et faiblement qui plus est. Cette dernière s’est usée à force de compenser la surdité de la première. Il parvient à cacher son handicap à son travail (Jean Maure est chauffeur de bus). Après 15 ans d’ancienneté, il a appris à conduire avec d’autres repères. Et il sait feindre les bruits quand on le soupçonne d’être sourd. Il parle peu. Il feint d’écouter. Il entend moins le monde que son cœur qui bat pour Pat.

Une annonce prévient que le magasin va fermer ses portes, mais Jean Maure n’entend pas. Il est terré dans le rayon jouet avec une poupée dans les bras. Il sanglote…

Les lumières s’éteignent. Jean Maure ne comprend pas. Se lève, s’inquiète, marche, court à tâtons dans les rayons. Renverse. Se cogne aux caisses. Les portes coulissantes ne coulissent plus. Bienvenue dans les coulisses du monde….

Jean Maure ne pleure plus. Il en est au point où l’on ne pleure plus. Les larmes sont pitoyables à ce degré de désespoir. Il crie. Il se perce l’unique tympan de sa propre voix. Il ne voit plus. Il n’entend plus et il voudrait ne plus rien ressentir. Devenir un robot du rayon jouet dans lequel il se retrouve sans l’avoir prémédité. Il n’y a pas de poupée, ni de cuisinette mignonnette, ni d’aspirateur miniature. Mais des engins téléguidés, des robots, et des armes. Des flingues.

« Jouer, est la seule ressource qui me reste ». se dit Jean Maure.

Il s’empare d’un flingue et joue dans les rayons. S’invente son James Bond, baise avec la poupée Pat sur les fraises, trouve les corps de mafieux coupés en morceaux dans le rayon carnivore, se prépare une vodka martini, se procure des accessoires super sophistiqués au rayon jouet garçon.

Car Jean Maure y est revenu, malgré lui. Il tâte de nouveau l’étalage. Est effrayé du nombre de flingues. Il s’en saisit. Les soupèse. Joue de la gâchette. L’un d’entre eux est nettement plus… lourd. Jean Maure n’a jamais tenu un vrai flingue dans ses mains, mais il se dit : on dirait un vrai, comme on dit d’un paysage qu’il est lunaire sans être jamais allé sur la lune.

Il pose le canon sur sa tempe droite. Il boit un dernier goût de vodka, sans martini. Et il tire.

Jean Maure avait raison. C’était un vrai flingue.

Quand nous disons d’un paysage qu’il est lunaire, nous disons peut-être vrai.