finissez d’entrer

18 novembre 2014 § Poster un commentaire

stylobate est le nom de ce blog crée en novembre 2014, donc relativement très tardivement. il m’a fallu du temps pour comprendre que la « mode » de l’écriture numérique n’en est pas une. que l’écriture numérique correspond à une nécessité de trouver de nouveaux vecteurs de diffusion dans un monde où persister à prendre son temps, à ralentir, met en danger, si pendant ce temps, rien ne vit aux yeux de ses semblables. un blog est une sorte de chantier à ciel ouvert où les visiteurs sont les bienvenus.

je vis le blog comme un lieu de résidence d’écriture, virtuel

à droite, les pages « immuables » présentent mes « entrées » d’écriture

à gauche, l’écriture en mouvement, entassement déchronologique

au dessous, le dernier texte écrit

ton désir

20 septembre 2017 § Poster un commentaire

Tu veux voyager seul à travers les âges. Tu inscriras tes pas dans ceux dont la trace creuse le chemin. Il est plus tranquille de parler aux fantômes que de regarder les yeux de la femme aimée. Les fantômes ne disent que ce qu’on leur fait dire. La femme regarde. Elle ne dit rien. Sur le chemin fantasmé, puis enfin marché, mâché, craché, sué, pissé, apprivoisé, aimé; le dialogue se fait avec les éléments. L’eau versée à la face canalise la rage. La neige défie, dévie, la volonté, improvise le chemin. Les armes sont blanches. Les étoiles sont à tes pieds et engendrent le piétinement où l’enjambée. Tu seras le seul maitre à bord ralenti seulement par le dos douleur, que personne d’autre que toi ne viendra supporter. Et tu ne  t’en plains pas.

Tu rencontreras des hommes aux représentations du monde, autres. Les langues le diront. Les mots seront monnaie d’échange. Pas d’investissement, pas de transactions. Des rencontres éphémères. Tu verras peut-être, au loin, le petit point orange dont t’as parlé un ami revenu du chemin. De près le petit point orange s’avéra le vêtement d’un moine d’une contrée lointaine qui marchait avec ses pieds. Il te dira ce que tu sais déjà mais ne peux entendre dans le brouhaha des écoutes quotidiennes qui projettent l’un et l’autre, dans un passé, dans un avenir.

On est toujours le con d’un autre. Cette phrase n’aura plus de sens.

Le chemin sera aussi autoroute, hostile à l’homme. Car rien n’empêche le torrent des autoroutes de dévaler les pentes et d’abattre les arbres . Même pas ce chemin. Tu peineras là, sans espoir de changer la donne.  D’ailleurs, tu pars sans espoirs, mais curieux. Tu pars mettre ton corps où la tête refuse d’aller, souvent. 800 jours autant de nuit à emballer, déballer, monter, descendre, chuter, mouiller, sécher, pleurer pleurer de joie, crier, crier de joie, la terre, le ciel, les routes, le vert, le vent et le soleil, la pluie et la neige, l’eau et le sec, la roche et le sable, et toi, en mouvement, heureux sur le chemin.

Le commencementle milieu… l’achèvement

Trois temps

Le chemin aura été inutile si tu es le même homme au quatrième temps. Tu marches à la quête de ce que tu ne sais pas, comme l’enfant de cœur entre les rangs de l’église.

Tu penseras à la femme, à l’enfant, aux vieux. Aux vulnérables du monde. Vulnérable parmi les vulnérables. Il faut être fort parmi les forts hors du chemin. Être vulnérable et fort, c’est une autre histoire. Tu le seras. Tu parcourras deux, trois étapes en une. Tu tireras la langue au don hérité d’on ne sait quel Dieu, le don de penser, dont on ne sait que faire, nous, donc , êtres humains. Tu te priveras souvent du gîte et du couvert pour devenir fantôme parmi les fantômes. Ta graisse jaunira la neige. Tu mourras mille fois, et renaîtras autant de fois.

Tu verras le pic de la cathédrale, ta tête, encore, peut-être, goudronnée de question. Tu paniqueras, cherchant à gauche, à droite, devant, derrière, en haut, en bas, et tombant sur tes pieds condamnés à rentrer dans l’ordonnance d’un gouvernement, tu te diras :  La fin ne peut pas être que le plaisir de retrouver les siens dans le confort de doigts de soie. Tu te résigneras à échouer, comme l’écrivain se résigne à poser le point à la fin de la phrase. Sur les pierres tombales patinées, sombres par l’ombre de la façade arrogante d’Histoire, j’aimerais que tu tombes à plat ventre. Tu ne sauras jamais combien de temps, cette sortie d’existence. Et tu te relèveras dans la joie.

(…)

Tu raconteras les images. Uniquement les images. Tu partageras le reste le long de ton existence.

(…)

Il te faudra recommencer car la joie s’entretient. Recommencer, ailleurs, autrement. On ne part jamais du même point, car le point s’oublie dès qu’une phrase s’écrit.

oui mais devant quel Homme ?

24 juillet 2017 § Poster un commentaire

 

Oser se perdre en langue étrangère

oui

mais devant quel Homme ?

Quel Homme pour s’en intriguer ?

Quel Homme pour suivre ?

Quel Homme pour accepter ?

Quel Homme pour sourire ?

Quel Homme pour laisser l’épaule

quoiqu ‘il arrive

pose la tête ou ne pose pas

vois comme tout sera bien

Quel Homme pour laisser pleurer ?

Quel Homme pour laisser folie ?

Quel Homme pour le fragile ?

Quel Homme pour accepter la puissance ?

Quel Homme pour partager la faille ?

Quel Homme pour embrasser, musclé ?

Quel Homme pour rire ?

Quel Homme pour écouter?

Quel Homme pour entendre?

Quel homme pour voyager ?

voyager en langue étrangère

voyager en langue étrangère

où je deviens, comme nue, comme  vulnérable

dépossédée de ma force, dépossédée de ma langue

prise dans d’enchevêtrement d’autres lignes


mon voyage en langue étrangère

c’est l’État inconnu

un chant

un regard

une lumière

une odeur

un geste

un allant…

Oser se perdre en langue étrangère

oui

mais devant quel homme ?

si ce n’est l’Homme qui parle l’étranger

comment ça va avec Arbéost ?

8 juillet 2017 § Poster un commentaire

Souvent, toujours, encore on me demande

d’un air contrit, curieux, dubitatif

alors… comment ça va avec Arbéost ? Tu ne t’y ennuies pas ? C’est pas un peu la mort ? Ça doit changer de Paris ?

Voici ce que je ne réponds pas

Ailleurs comme ici, je peux y rencontrer la mort

Ailleurs comme ici, je peux y rencontrer la vie

y rencontrer la vie et y rencontrer l’ennui

et y rencontrer l’ennui et y rencontrer la joie

et la joie et la peine

et la peine et le sourire

et le sourire et l’infamie

et l’infamie et l’amour

et l’amour et la haine

la haine car l’impuissance

Ailleurs comme ici je peux y rencontrer la solitude

et le ras de bol de conversations closes

Ailleurs comme ici

la pluie et le soleil

et le nuage et le ciel bleu

et la connerie et le cœur bleu

et le général et le singulier

et l’habitude et l’émerveillement

et le tracas et le repos

et la foi et le doute

et le grand et le petit

et plein d’autres choses encore

Ici plus qu’ailleurs

le sombre et la lumière,

heures d’été, heures d’automne, heures d’hiver et de printemps

et la rage du changement bi-annuel des cadrans

qui n’ont rien à voir, rien à voir…

Ici plus qu’ailleurs

la neige silence et le cours d’eau bruyant

et la brume et la clairière

et la couverture de nuages au petit matin

et l’éclat des étoiles et le survol des satellites

et la lune et la lune et la lune

et la migration des oiseaux sur le sédentaire des hommes

près la migration lointaine d’autres humains

Ici rien qu’ici

je peux écouter le monde, regarder le monde, penser le monde

sans qu’il m’atteigne de son pouvoir dévitalisant

je peux agir le monde

car ici plus qu’ailleurs

je suis au monde

je suis au temps

Je suis poète, paysanne, jardinière, serveuse, peintre en bâtiment

je suis intello, fille, mère, enfance, cycliste, ZX

je suis béton, je suis chaux chanvre

je suis courbes et volumes, points, virgules, mots, phrases et histoires

je suis la parisienne, la bretonne, la solitaire et l’amoureuse

je suis ce que je ne soupçonne pas que les gens racontent

sous le couvert du vent

ici plus qu’ailleurs, je ne rentre pas dans la case

je suis l’étrangère dans un monde étranger affublé d’étiquettes péjoratives

et pourtant, et pourtant…

Ici comme ailleurs

la facilité et le complexe

le possible tu, par l’impossible

l’impossible tu, par la tentative

mais ici plus qu’ailleurs

je crois

je triche moins avec les éléments

QUE DOIS-JE FAIRE ?

26 juin 2017 § Poster un commentaire

  • Tu n’as ni à te taire, ni à prouver.
  • Que dois-je faire alors ?
  • Être sincère et n’avoir peur de rien.

matin lascif

26 juin 2017 § Poster un commentaire

N’aie pas peur du matin lascif

il te mène au crépuscule

où tu retrouves ta solitude.

Et tu te plais, avec elle…

Comme si l’apparent monde endormi

t’ouvrait un espace, un temps.

Un temps sans limite sauf celle,

du lendemain,

qui est encore loin.

 

filetoile

6 juin 2017 § Poster un commentaire

File là, elle file

suis l’araignée

suis le fil

livre là la ligne

la ligne et la toile

ça file en étoile

lâche là la tuile

Sois l’araignée

qui file

sois le fil

sois là

Règne là fragile

ait foi

nul effroi qui nuise

ni foi, ni loi, en fait

que toi

que toi qui suit le fil

elle file, file là

MAL À LA TERRE

9 mai 2017 § Poster un commentaire

Réalisation : Jean Clermont

Mon objet est la terre, parce que je pense à la terre et les larmes ne sont pas loin.

Des larmes de colère en pensant à cette terre, mon jouet mon unique jouet,

tout en rondeur, tout en mouvement, tout en surprise, tout en rebondissement,

tout en odeur, tout en soulèvement, tout en chaleur, tout en creux dans le temps,

tout en calcaire, tout en écume, tout en feuillage, tout en humus,

tout en orage, tout en tremblement, tout en typhon, tout en avalanche,

tout en plume, tout en poil, tout en peau, aucune n’est blanche,

tout en caresse, tout en saveur, tout en infini, tout en tout petit,

tout en larme, tout en tension, tout en bulles, pas plus d’un instant.

Un fini qui recommence et nous balance et nous balance…

Que je l’aime cette terre, mon jouet, mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais par quel bout prendre, puisque de bouts elle n’en a point,

ni de poignées, ni de serrures, ni d’angles, ni de coins!

Est-ce la terre dont je parle, est-ce la vie ?

Quelle différence? Aucune pour nous autres, terriens.

On m’a donné la terre, on m’a donné la vie,

on m’a repris la terre, on m’a repris la vie.

Qu’est ce la terre, qu’est ce la vie?

Comment le dire

puisque depuis ma naissance,

les grands de ce monde, les soi-disant grands de ce monde,

le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut,

la traite la terre, la recouvre la vie, la traite la vie, la recouvre la terre,

d’insecticides, de raticides, de fongicides, et d’herbicides,

et d’homicides,

de bitume, de béton, de marbre, de sermons et de mort,

je ne la sens plus la terre, je ne la sens plus la vie.

J’arrose mon jardin de l’eau de la fontaine

et je pleure le matin d’une amère haine

de ne pouvoir lire le livre d’ « ll était une fois »

car chaque fois le monde d’en haut, le soi-disant monde d’en haut

dans ses machines de guerre, ferraille

et je n’entends plus les oiseaux…

Mais va-t-on finir d’en finir avec la transcendance ?

Va-t-on en découdre avec l’arbre qui serre notre pensée ?

Va-t-on cesser enfin de prendre la terre pour un emballage,

avec un haut avec un bas ?

La terre est ronde, la vie est ronde,  j’en réponds.

Elle ne ressemble pas à un papier qu’on plie dans l’urne transparente.

Que je l’aime cette terre, mon jouet mon unique jouet, cadeau de naissance

que je ne sais pas quel bout prendre, puisque de bouts, elle n’en a point.

Je tourne en rond, je le sais bien,

je dis des mots, je ne dis rien,

rien de concret, tout dans l’abstrait,

des concepts de vie, des concepts de terre,

que j’aimerais traduire en une petite graine

qui percerait  par les deux bouts, qui raconterait la vie,

qui nourrirait les gens et brûlerait l’argent.

En attendant, c’est la terre qu’on brûle,

d’écobuages en pots d’échappement,

d’égos tout âge, de reniements,

de routes larges qu’on élargit,

de lunettes noires pour cacher la vie,

de cadenas, de vidéos-surveillance, de cimetières de marbre, de performances.

Je n’en peux plus de cette terre que l’on arrache de son herbe!

Moi qui ne voulais que rire et aimer,

flâner et suer,

chanter et marcher,

dormir et m’éveiller,

rencontrer…

Travailler oui, bien sûr, faire ma part de travail sans problème!

Moi qui ne voulais que tout cela,

je pleure, j’en suis désolée.

Offrez moi un mouchoir,

je ne veux plus rien avaler.

(elle se mouche)

Mais je suis là, vous me redonnez le sourire,

la force de repartir,

la confiance dans un monde

qui ne se cache pas la face,

qui regarde en face,

qui ne se marche pas sur les pieds,

qui sème des graines d’humanité,

qui rigole par contagion.

Vous êtes bien de ceux-là n’est ce pas ?

Oui désolée, puisqu’une tribune m’est offerte,

puisque l’occasion m’est donnée de parler

d’un objet de rage,

j’ai choisi de parler de cette petite grande terre

dont l’air respirable par nous est un miracle,

dont nous même sommes un miracle:

il suffit de regarder les astres !

Un seul à notre connaissance a donné la vie.

Désolée, oui, désolée de crier

que j’ai mal à la terre,

que j’ai mal à la tête,

de réaliser que ce beau jouet offert à la naissance

m’est confisqué par une poignée de racailles,

qui se le mettent là où je pense

et se permettent de faire la leçon !

Mais quelle merde ce soi-disant monde d’en haut,

quelle merde polluée même pas bonne à composter!

Et si nous continuons de nous mettre à table

et d’attendre les plats d’un air dégoûté… Sommes nous dévitalisés ?

Je pourrais continuer de me mordre le cœur,

de me mordre les lèvres, de répandre des larmes

durant des lignes et des lignes,

sans jamais en tirer, une, vers un mouvement en équilibre.

Alors je cesse en allant mêler mes larmes

au cours d’eau qui coule à mes pieds,

je pisserai dedans,

je pleurerai dedans,

noble manière de me mêler à la mémoire du monde.

À la mémoire du monde…